Belle et les mots Bleus

Histoires de Belle, par petits bouts, des petites pièces dans un grand puzzle, des images assez nettes, parfois un peu floues, ou bien complètement confuses aussi, comme des bribes de rêves, oui, un joli puzzle...

28 novembre 2006

drôle de rêve

temple_grec_Susanna

Les rêves sont toujours un peu drôles, non?
Je gravissais une montagne. Le sentier était étroit et montait très fort. Les cailloux blancs roulaient sous mes pieds, en soulevant une poussière fine. J'étais déjà bien loin du village, et chaque pas me rapprochait d'un espace qui n'était pas celui des hommes.
...Maintenant le chemin est raide et parfois je dois m'accrocher aux racines des pins, tout rabougris, qui le bordent.
Un homme me rattrape, il est très sportif, un coureur de fond en tenue de sport. Puis il me dépasse, et je comprends alors que c'était toi. Tu as déjà disparu. J'arrive au Temple. J'en suis la gardienne, et la grande prêtresse. Le sol est encombré de poteries très anciennes, entières, ou en morceaux...
Seule parmi ces débris, je lève les bras vers le ciel, et par ce geste je deviens à l'instant la maîtresse de ta destinée. Toi qui as voulu aller trop vite, trop haut. Toi mon ange aux ailes brûlées, je te tiens à mon tour dans le  creux de mes mains, moi, ta création.
Curieuse inversion!
C'est toi pourtant qui un jour as pris mon bras - j'avais vingt quatre ans, et j'étais encore toute accrochée à mes rêves d'adolescente- toi qui avec patience, avec amour, m'a modelée, m'a transformée, jour après jour pendant ces dix années, toi qui m'as montré les visages de ma peur, et aussi leurs grimaces, comme ce soir d'été, complètement nue, au fond d'une traboule du vieux Lyon, et lorsque des passants sont arrivés tu as si facilement su les détourner du recoin où je me cachais mais où ils m'auraient trouvée à coup sûr, morte de honte, et toutes ces fois, tous ces jeux que tu as inventés pour nous, (pour moi?), toutes ces peurs, tous ces délices, et ta main qui me guidait, qui m'apprenait, tous ces moments secrets je veux les dévoiler l'un après l'autre, pour continuer le jeu, seule, et sans visage, avec des inconnus, des inconnues, ils seront pour moi des amis, et leurs regards, des caresses...
Tu m'as enseigné la syntaxe et l'amour des mots, tu m'as préparée comme un bon jardinier prépare sa terre avant de l'ensemencer.
Voilà, je m'envole avec ce précieux trésor.
Un autre avion, un autre train, me dévoiler, me découvrir encore, pour d'autres, pour moi, toujours plus loin, toujours plus haut.

eyes_wide_shut

photo: Susanna / Stanley Kubrick
texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 15:33 - Lettres d'Absence - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


24 novembre 2006

une nuit sans lune

Train_dans_la_nuit_JDAWG

Il fait nuit dans ce train qui traverse l'Allemagne. Les lumières sont en veilleuse, certains passagers lisent, mais beaucoup d'entre eux se sont endormis.
Parfois nous croisons un autre train qui pousse un cri aigu et puis s'abîme dans la nuit.
Je ne dors pas. Mes mains sont posées sur mes genoux, et mon coeur bat la chamade. Je n'ose pas tourner la tête. A ma droite un homme. Lui non plus, ne dort pas. Le bruit du train couvre sa respiration, il ne bouge pas.
J'ai vu minuit trente à ma montre. Combien de temps depuis? Une heure? Plus? Je suis incapable de bouger pour le vérifier, et de toute façon à quoi bon...
Les mouvements de mon esprit eux mêmes me dérangent, tant je suis attentive à cet échange sans paroles.
Depuis un moment des images que je ne contrôle pas, viennent devant mes yeux et disparaissent aussitôt, l'une chassant l'autre.
...Je suis une petite fille et je cours sur le sable mouillé. Quelque chose m'effraie mais je ne sais pas ce que c'est. Une peur d'enfant. Mon père me prend dans ses bras. Ses grandes mains me rassurent. Je suis chez le coiffeur maintenant, j'ai vingt ans passés, mes longs cheveux blonds sont mouillés par l'eau tiède du shampooing et j'entends les premiers coups de ciseaux... Très courts, j'avais dit...
Je suis au cinéma, avec M. Quel film? Ses doigts frôlent mon collant, je crois entendre un crissement léger et je me tends aussitôt, comme un filin d'acier, je me demande si sa main va pousser plus loin, cette attente est un supplice, cette attente est un délice...
Dans le train, l'homme près de moi n'a toujours pas bougé, mais je sais qu'il m'écoute. Et moi, je suis toute entière à ce partage silencieux.
Sous mes paupières les images défilent, plus précises à présent, plus pressantes, plus troublantes. Mon coeur s'accélère encore, je sens sur ma peau le contact du chemisier de soie et mes cuisses se serrent. Une perle de sueur vient couler sur mes lèvres.
Tu es là, tu es près de moi, je sais, tes yeux vont descendre lentement vers mes seins, tendus sous l'étoffe. Et je suis prête, prête à mourir, dès la première de tes caresses...
A ma droite l'homme est immobile.
Le train s'enfonce dans la nuit.


photo: jdawg.
texte: Belle

 

Posté par BelleenBleu à 01:09 - Des jours et des Nuits - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 novembre 2006

comme dans un film

Be_Quiet_and_Drive_by_HorrorWh0re

Mardi 24 septembre 1996, cinq heures du matin. J'ai trouvé une chambre, un petit hôtel pas cher. Je suis en boule sous les draps, je ne dors pas. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi du tout. Tout à l'heure j'irai travailler. Premier boulot, période d'essai. On m'attend à neuf heures. J’y serai une demi-heure avant, à me ronger les ongles. Dehors, petite pluie fine probablement, comme hier soir. Et dedans, la grosse bouboule, au fond de la gorge, et dans le ventre aussi. J'aimerais bien entendre la voix de ma mère, lève toi, tu vas être en retard, mais non, juste le tic tac du petit réveil. Dans le noir, les yeux grand ouverts, mes pensées divaguent et les mille questions que je me pose se mélangent comme de la pâte à modeler dans mes mains, du bleu, du jaune...
Dans la salle de bains il y a une douche avec un rideau en plastique qui instantanément vient se coller sur ma peau. L'eau brûlante me fait du bien. Et depuis que j'ai les cheveux courts, je peux me mouiller la tête sans problème...
De retour dans la chambre, la grosse bouboule me guette encore et à cause d'elle j'accroche mon collant. J'en ai un de rechange évidemment, je n'ai plus le droit à l'erreur!
"C'est n'importe quoi tout ça"
Je me souviens, j'ai prononcé cette phrase à haute voix, et je me suis calmée.
Maintenant je suis dans la rue. Il n'y a personne. Plus de bruine, mais des trombes d'eau. Hier j'ai repéré le chemin, à pied, juste cinq minutes, mais sous ce déluge... A l'hôtel ils ont trouvé un ciré jaune à me prêter. Je cours, j'ai le ciré sur la tête, j'essaie de ne pas me tordre une cheville. Quelques voitures roulent au ralenti, les phares allumés.
Puis je vois deux petits feux rouges... un clignotant, une portière qui s'ouvre. Je m'engouffre dans l'auto, sans réfléchir, claque la portière.
Il fait chaud et il y a de la musique à l'intérieur, une de mes chansons préférées, de petite fille romantique.
Je retire le ciré jaune et je tourne la tête. Deux yeux noirs plongent dans mes yeux bleus.
Je crois que je meurs...


photo: HorrorWhore
musique: Pretenders
texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 01:01 - Histoires avec du Bleu dedans... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2006

des ronds dans l'eau

abstract_reflection_2_by_apppleblossom

Samedi 11 novembre 2006...

Pendant tout le trajet il n'avait pas desserré les dents. Moi, j'avais fini par m'habituer à ses humeurs, je savais qu'elles pouvaient changer très vite. Et puis on est arrivés au bord de ce petit lac.
Un paradis pour les amoureux, j'ai pensé.
J'ai baissé les vitres de la voiture mais je ne suis pas descendue tout de suite. Je voulais sentir l'air humide s'engouffrer dans l'auto, je voulais sentir la chair de poule sur mes bras, je voulais... Il ne disait toujours rien. Il est sorti et il a commencé à marcher vers la berge, le visage à moitié caché par l'écharpe en alpaga dont il est si fier et qu'il porte tout le temps. Il s'est baissé pour ramasser un caillou plat et l'a lancé sur l'eau, lui faisant faire des ricochets. Je l'observais. Et maintenant ces images me reviennent en boucle avec une incroyable netteté.
Je suis descendue à mon tour. Moi, je n'avais pas froid, mais j'avais bel et bien la chair de poule, et en m'approchant de lui je crois que j'ai senti mes seins se durcir un peu, dans leur écrin de dentelle bleue. Il y a toujours sur moi quelque chose de bleu.
Et sous la douche aussi, je garde ma bague sur laquelle est serti un petit saphir. J'aime le bleu, il me va, il m'apaise.
Il y avait un ponton, peut-être pour les barques des pêcheurs, je me suis assise là, avec les jambes qui se balançaient au dessus de l'eau.
Pendant un moment il a continué à lancer des cailloux et j'ai commencé à me sentir énervée.
Et puis, je n'entendais plus le bruit des cailloux dans l'eau, alors j'ai tourné la tête et il a plongé ses yeux noirs dans mes yeux bleus. Soudain, le paysage derrière lui est devenu complètement flou.
J'ai pensé que le lac aux eaux sombres allait m'engloutir.
Et la phrase qui montait à ses lèvres fracassait déjà mes rêves, lorsque l'air humide la  porta jusqu'à mes oreilles.
-Belle, je m'en vais.

Ponton_byTom077


photos: appleblossom / tom077

texte: belle

                                                                                                                                                                                     

Posté par BelleenBleu à 01:34 - Histoires avec du Bleu dedans... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2006

il était une fois...

Voilà, c'est là que ça commence... Le 16 novembre 2006, à minuit passées... J'ai un peu froid...

Seule_16_11_06

Posté par BelleenBleu à 00:48 - Maudit Blues - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1