20 décembre 2006
A tout de suite...
A tous ceux qui passent par ici je souhaite de très très bonnes fêtes,
et aussi tout particulièrement à celles et à ceux qui reviennent de temps en temps, même que ça me fait très plaisir!
Laissez moi un petit commentaire, je serai encore plus contente!
Je fais un tout petit net-break,
jusqu'en 2007.
A très bientôt alors.
Bises.
Belle
19 décembre 2006
Une Histoire Parisienne (part 1-2-3)
C'était un après midi de septembre. Les enfants
avaient repris leurs cartables depuis quelques temps déjà, et leurs
chemins d'écoles. Une belle journée. Un beau soleil en passant sur la
Seine. C'était une journée de vacances pour tous les deux, j'avais
envie d'aller au Jardin des Plantes, j'avais envie de manger une glace
dans un square, de flâner main dans la main, j'avais envie qu'on aille
au Louvre, avec les touristes du Japon et ceux d'Italie, ou d'un peu
partout. Je n'avais pas vraiment de programme, en somme.
Lui, oui.
Il avait commencé, ce jour là, par décider de ma tenue, j'avais décidé de lui obéir.
Quand
nous sommes entrés dans ce café près de l'Hôtel de Ville, la plupart
des hommes m'ont regardée, m'ont toisée, m'ont déshabillée. Ainsi qu'il
l'avait souhaité.
Sur moi je n'avais qu'une robe d'été, une petite robe rouge très courte, et des sandales.
Lorsque nous marchions dans les rues, quelques instants plus tôt, je n'y prêtais pas attention.
Il me parlait, il riait, il m'occupait...
Il a tenu la porte et s'est effacé devant moi.
Nous
entrions dans cette grande salle aux banquettes rouges, et brutalement
j'ai pris conscience de mon image, reflétée par un miroir immense
encadré de dorures. C'était l'image d'une femme presque entièrement
nue, et livrée au regard d'hommes inconnus.
Indécente!
Comme pour
m'en protéger, je me souviens d'avoir serré mon sac contre moi. Je me
souviens, j'ai pensé aux babioles qu'il y avait dedans, du rouge à
lèvres et des clés, des Kleenex, et puis des trucs de sacs de filles.
J'ai voulu faire demi-tour, mais sa main me pressait doucement la taille.
Nous étions entrés dans le jeu.
Les
banquettes se faisaient face et délimitaient un espace à l'intimité
trop restreinte. Je savais qu'il me faudrait m'en contenter.
Je me suis assise et ma robe, trop courte, est remontée encore plus haut sur mes cuisses.
Lui, s'est assis en face, un grand sourire, il semblait détendu.
Un
peu plus loin un homme attablé devant un café faisait semblant de lire,
mais ses yeux étaient fixés sur moi, et ils m'exploraient.
Je le
sentais. Son regard était collé à mes seins, puis il se promenait sur
mes jambes serrées, sur mes bras et sur mes mains nerveuses. Je savais
qu'il était en train de mettre des notes à mes courbes, et que sur
l'échelle de ses valeurs, j'allais certainement être très bien placée.
J'ai regardé furtivement dans sa direction. Il me dévisageait ostensiblement, sans la moindre gêne.
Nos
boissons sont arrivées. J'ai posé mes lèvres sur le bord de mon verre
et, pensant que le jeu plairait à M, je me suis tournée franchement
vers l'homme, et j'ai planté mes yeux bleus dans les siens.
Son regard obscène continuait son va et vient sur moi. Il me détaillait comme un objet.
Alors j'ai baissé les yeux.
M. s'est levé. Il s'est dirigé vers l'homme, et s'est assis à sa table. Ils ont parlé un moment.
Et puis soudain M. est parti, très vite.
J'étais seule à présent. L'homme me regardait à nouveau...
... Il a pris son temps. Il a continué tranquillement son exploration.
Comme un collectionneur qui observe un papillon, il faisait son inventaire. Il me répertoriait.
Depuis
mes pieds dans leurs petites sandales jusqu'à mes reins, son regard se
baladait sur mes jambes. Et quand il s'est attardé à nouveau sur mes
seins, une drôle de sensation a commencé à monter en moi, je me sentais
honteuse et pourtant, déjà, j'aimais le jeu.
M. le savait. Lorsqu'il en avait imposé les règles.
Sans
me voir il savait que je rougissais sous le regard insistant de
l'homme, et sans me toucher non plus, il participait à la vague de
chaleur qui commençait à m'envahir.
L'homme s'est approché de moi. Il n'était pas très grand, mais il était très fort. Je ne m'en étais pas aperçue auparavant, et je lui ai trouvé un air un peu effrayant.
Il n'a pas dit un mot, juste un hochement du menton, qui me faisait signe de le suivre.
Je suis sortie du café avec lui.
Je ne voyais M. nulle part.
Lui, c'était un homme prévoyant, la plupart du temps, mais j'étais inquiète malgré tout.
Une fois dans la rue, j'ai entendu la voix de l'inconnu pour la première fois, une voix rauque, et voilée :
"On va vers les Halles !"
Un
moment plus tôt je me promenais et j'étais insouciante, je riais des
plaisanteries de mon amoureux, je regardais les vitrines des boutiques
de luxe.
Mais le décor avait changé. Je marchais dans la rue de
Rivoli maintenant, avec un homme que je ne connaissais pas, et de temps
en temps, sa drôle de voix dans mon oreille, qui me guidait : "par
là... allez on traverse..." Il disait ces mots doucement, lentement,
comme pour s'assurer que j'avais bien compris, comme s'il parlait à un
enfant.
Il ne me touchait pas, mais il était toujours là, tout près, derrière moi.
Je me suis mise à penser, et si... Non, je n'aurais jamais pu m'échapper.
Le
regard des gens que nous croisions en disait long : il ne cessait pas
son jeu de voyeur, et au centre de sa mire, mes fesses étaient plein
cadre... J'avais chaud.
En traversant les Halles je cherchais toujours à apercevoir M.
Puis nous avons pris la rue Montmartre, et marché, encore.
L'enseigne de l'hôtel était bleue.
Nous sommes entrés...
...Souvent tous les deux nous imaginions des histoires,
et des jeux en miroirs. Leurs reflets se répondaient, et nous nous y
perdions parfois.
J'ouvrais un tiroir, et lui, y découvrait une lettre, abandonnée depuis bien longtemps par un amoureux volage.
J'étais
Héloïse et sans nouvelles de mon amant, c'est moi qui l'avais écrite,
avec mes larmes. Il m'avait abandonnée! Ou bien l'aurait-on assassiné?
Il suscitait tellement d'envie. Paris alors, n'était qu'un village...
Le bruit s'était-il répandu de notre amour? Notre amour contre nature?
Ou plutôt, contre la norme !
Un peu plus tard j'étais la fille
d'un marchand, riche, et soucieux de l'être plus encore. Sa famille
embarquée avec lui, il voguait vers un Nouveau Monde encore imaginaire,
en compagnie de Lords, et puis de flibustiers. Et de prêtres
évidemment, l'alibi nécessaire à toute conquête!
Et lui, pauvre
matelot... Lui, qui allait être le premier. Le premier à toucher le
sol d'Amérique, et le premier dans mon coeur. Mais une fois encore,
notre histoire n'allait pas être simple!..
Parfois aussi des courants plus troubles nous faisaient dériver.
Dans ces occasions là j'attendais, soumise, et c'était lui seul qui dessinait l'histoire.
Avec excitation, avec délice, j'interprétais le rôle qu'il écrivait pour moi.
Ces jeux là, nous les aimions beaucoup, lorsque nous étions loin de chez nous - et cela arrivait souvent...
...
Dans l'ascenseur j'ai regardé l'homme, j'ai eu envie soudain de lui
parler, je voulais qu'il entende ma voix. Je voulais savoir. Mais
aussitôt son index s'est pointé devant sa bouche, me faisant signe de
me taire.
Le palier était vide, calme. Je ne savais même pas à quel étage nous étions.
Il a tourné la clé, et je suis entrée.
La
chambre ressemblait à des millions d'autres. Il s'est approché de la
fenêtre et il a tiré les rideaux, des rideaux épais, qui occultaient la
lumière.
Dans le noir je me suis assise sur le lit.
Il a dit : "Attends là", et il est sorti. J'ai entendu la clé.
Il s'est passé un long moment, je m'habituais à l'obscurité. Puis j'ai entendu la serrure à nouveau.
Il
était de l'autre côté du lit, je sentais sa présence dans mon dos. Il
s'est déshabillé. J'entendais ses vêtements jetés sur la moquette.
Je n'avais toujours pas bougé. Il venait sur le lit, et je me suis raidie.
Ses mains effleuraient ma nuque, et mes épaules, une caresse légère à laquelle je ne m'étais pas attendue.
Puis ses doigts se sont faits plus fermes en venant emprisonner mes seins.
Les mains se sont immobilisées sur moi, de grandes mains, mais pas celles de l'homme. C'étaient celles de mon amour.
Nous sommes restés longtemps dans le noir, sans bouger, sans se parler.
Quand
nous avons ouvert les rideaux, beaucoup plus tard, la nuit était bleue
et les lumières de Paris scintillaient pour nous, seuls.
photos: Dr Evil / Miguel Pereira / Burninghead / Katrina Sokolova / Schlaeger
texte: Belle
11 décembre 2006
Attention à la Blonde !
Le premier jour de Décembre, j'ai eu trente quatre ans !
J'aime bien l'écrire en toutes lettres, ça me donne l'impression que je mastique les mots comme un chewing-gum: "Trente Quatre".
Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que trente quatre, c'est beaucoup plus agréable à chewinguer que trente trois. Affaire de goûts !
C'est à dire que le trente trois je le chewinguais depuis un bon petit moment déjà...
Alors en voilà un tout neuf !
Ce jour là j'étais en forme, et en déplacement, à Lyon.
La réunion, (J'ai horreur des raccourcis, "Tu peux la rappeler un peu plus tard ? Elle est en Ré-U!" Moi j'aime bien les mots entiers, c'est comme... enfin bref...), la réunion s'attardait, en langueurs monotones, en longues diversions. Je m'ennuyais mais personne ne s'en était aperçu, sauf la petite stagiaire je crois.
C'est mon estomac qui a donné le signal du holà.
Ca faisait au moins une heure qu'il parlait, il faudrait bien qu'il respire à un moment, ou à un autre.
Et c'est précisément ce moment-là qu'a choisi mon organe oublié depuis le matin, pour faire entendre son gargouillis sonore : il avait faim!
Un sourire discret sur les lèvres de l'intervenant Bruxellois. J'avais gagné. Déjà il rangeait ses dossiers ainsi que son portable computer.
Léa la petite stagiaire, Francis, le Belge (sic !), et moi, avons décidé de dîner ensemble. Léa connaissait Le restaurant ultra câblé plus plus, celui où tout le monde allait. Alors nous avons fait comme toulemonde.
J'avais peur du pire, mais finalement c'était un endroit agréable, pas guindé, ni trop branchouillardesque non plus, juste comme il faut !
Etant donné que c'était mon trente-quatrième, j'ai demandé du champagne, et on a trinqué.
On était bien, on discutait à bâtons rompus (Hmm! En voilà une bonne expression à chewing-gum !).
On parlait de Bruges et de ses canaux, et de plein d'autres trucs d'un peu tous les pays...
Le jeune homme qui s'était occupé de nous jusque là, m'avait paru plutôt aimable. Pour être franche, je ne lui avais pas trop prêté attention. Et puis soudain j'entendis, sortant de sa jolie bouche et adressée à la jeune femme qui desservait la table d'à côté, une de ces plaisanteries qui traînent un peu partout au sujet des filles qui, ô infamie, ne sont pas nées brunes... Et j'en étais, bien sûr, l'unique échantillon tout à l'entour.
Mes deux amis, avec tact, firent semblant (c'est bon le passé simple non ?) de n'avoir rien entendu et tout aurait dû, naturellement, en rester là.
Mais le goujat, emporté par sa bêtise, en proféra une deuxième.
Bon c'est vrai, le champagne m'a un peu aidée...
Ca s'est fait dans un seul geste, comme dans les arts martiaux japonais, tu sais ? Le geste sans pensée.
Je suis debout - Ma tête se tourne vers le garçon - Ma main droite à toute volée sur sa joue de bébé - Avec la bague et le petit saphir bleu que j'aime tant - Et hop, je suis assise à nouveau.
En plus je me suis offert le luxe d'un proverbe en latin, à son intention :
VULNERANT OMNES, ULTIMA NECAT !**
Une mouche vole ? Même une toute petite mouche ? Chacun l'entend dans le grand restaurant ultra câblé, tant le silence est devenu opaque.
Le pauvre garçon est resté là, la bouche ouverte. J'ai honte de moi. Un peu. Pas trop.
Et petit à petit le brouhaha reprend son cours...
**Chacune blesse, mais la dernière tue.
photos: BeautifulDeath / Tonka
texte: Belle
05 décembre 2006
Premier contact avec l'Espagne
"Mira que guapa! Que princesa! Manuel! Llegó tu prima! Jose ven por aquí..."
C'était moi, le centre de ce tourbillon! Ils arrivaient, tous! Tout le monde venait embrasser la petite blonde, et voir ses grands yeux bleus.
Sans jamais m'en parler, mes grands-parents les avaient préparés à cette visite. Depuis longtemps.
Ils savaient bien que je ne leur ressemblais pas, ils connaissaient déjà l'histoire.
Mais ils étaient tous venus pour que je sache que c'était la même chose, pour me montrer que ça ne faisait aucune différence.
Ca ne m'est pas facile de raconter ce moment là. Les larmes viennent tout de suite, quand j'en parle: tellement d'amour!
En Espagne, la famille, c'est tout le village. C'est vrai! J'avais des oncles, des tantes, des cousines et des cousins, et ils n'en finissaient pas d'arriver, et moi je me demandais bien comment j'allais faire pour me rappeler de leurs prénoms à tous.
Et pour ne rien arranger, ils se partageaient souvent le même: J'avais quatre "Tia Maria" (en espagnol, la tia, c'est la tante), la première s'appelait Maria Pilar, l'autre Maria Dolorès etc... C'est simple quand on a l'habitude!
Il y avait aussi plusieurs Jose. Il y avait celui de Roquetes, il était vieux, il avait au moins trente ans.
Et puis il y avait celui de Raval.
Mon premier amour.
Il avait treize ans, comme moi...









