27 janvier 2007
Sous les Toits (#1)
Je vivais là avec mes amies, les souris. Des petites âmes grises et facétieuses.
Nombreuses aussi!
Elles aimaient bien grignoter mes livres d'étudiante. Je devais les ranger dans une grande cantine en fer. Elles auraient pu tout aussi bien les y trouver, mais elles préféraient la facilité du placard de la cuisine. Alors je leur laissais quelques offrandes, et nous vivions comme ça, en bonne intelligence, elles et moi.
Romain, c'était mon amoureux. Lui il ne les aimait pas du tout. Il faisait semblant, parce qu'il avait peur de me déplaire. Il était mignon. Je crois. C'est drôle, j'ai presque tout oublié de lui. Son odeur? Le goût de sa peau? Toutes ces petites choses importantes. Je me souviens surtout qu'on riait. Quand on était ensemble on passait des heures à rire de tout. Lui aussi, il a du m'oublier. Je ne sais pas. Yo no sé.
Avant d'arriver chez moi, il avait traversé une bonne partie de Paris. Il apportait toujours quelque chose. Des pistaches, des fleurs, des accras, un livre qu'il avait acheté chez un bouquiniste sur les quais, un ananas qu'il avait acheté à la sortie du métro, de vieilles cartes postales, un calendrier tout écrit en chinois qu'on lui avait donné dans un restaurant de Belleville, et toutes sortes de choses qui nous faisaient rire.
Je le laissais gratouiller à la porte un petit moment, comme si je n'étais pas là, et j'imaginais sa tête sur le palier. Ou bien je faisais semblant de parler à quelqu'un pour lui faire croire que je n'étais pas seule. Il était jaloux, mais il n'osait pas me le dire. J'en profitais...
Pendant qu'il hésitait, je me déshabillais très vite et juste avant qu'il ne se décide à redescendre les cinq étages, je lui criais d'entrer, que c'était ouvert, alors il poussait la porte timidement, et j'étais toute nue devant lui.
Il ne m'en voulait pas de jouer avec lui. Il ne s'y connaissait pas trop, en filles, et je lui apprenais.
J'étais un peu comme une grande soeur, j'avais beaucoup de plaisir à lui montrer.
Quand on n'avait pas envie de jouer à ça, on se racontait des histoires qui nous faisaient rire, et ça durait des heures...
Photo: Naccarato
Texte: Belle
21 janvier 2007
Sweet Dream
Tu sais, je crois, je me suis endormie, un peu. J'ai rêvé, de toi. Oui je crois, c'était toi. Tu me tenais dans ta main...
Je devrais avoir peur, j'aurais des raisons d'avoir peur, et pourtant...
Allongée nue sur ta main de géant je lis en toi, dans tes yeux je lis ton coeur. Tu le sais.
Je suis là, au dessus du monde, si haut. Le monde entier. Il est à moi. Tu me l'as offert.
Pourtant c'est toi qui as peur.
Peur de moi, nue au creux de ta main. Un chant remplit le ciel, autour de nous, partout : Salve regina, mater misericordiae, Salut à toi, ma Reine de Miséricorde.
C'est toi qui chantes. Tu es un enfant maintenant et tu chantes avec une voix d'enfant, pure, alors j'ouvre les yeux...
Les vagues lèchent mes pieds, le sable est blanc et il coule sur ma peau comme de l'eau. Et c'est ta main encore, qui dessine sur mon corps avec ce sable que tu laisses filer, entre tes doigts, qui dessine les hiéroglyphes secrets dont je suis la gardienne. Voilà, mon corps, le temple.
Ta main reste posée sur mon ventre, et je sens la chaleur qui se diffuse en moi, tu sais, comme si tu avais collé ta bouche contre moi pour souffler à travers le pull, et l'air est chaud sur ma peau, sur mes seins maintenant, mais qui es-tu donc, que m'as-tu donc fait? Je tremble, et tes caresses sur moi. Tes mains partout. Tu as cent mille mains. Arrête...
Je me réveille, j'ai rêvé... de toi je crois.
Et les ondes du plaisir
continuent
et se propagent
encore
en moi.
Photo:
Nu Noir et Blanc (Thomas Döring) (http://www.td-fotodesign.de)
Texte: Belle
20 janvier 2007
Norah la Belle, et ses Musiciens...
Je ne peux pas m'en lasser...
Norah Jones - I've Got to See You Again
(merci à yvon62100 pour le lien)
14 janvier 2007
Un amour d'enfance (part3-4)
...Je descendue à Denfert. Je voulais arriver à pied
à mon rendez-vous. Ne pas tomber sur lui comme ça, juste en sortant du
métro. Je voulais le voir de loin.
Je marchais et les images de l'été 86 dansaient dans ma tête.
...Manuel
et Jose nagent contre le courant du canal. Pour moi, ils font la
course, et malgré tous leurs efforts ils n'avancent quasiment pas.
Je souris, en pensant aux caleçons qu'ils portent, chacun le même, bleu ciel avec un élastique rouge.
Je suis restée sur la berge. Je les regarde, assise dans l'herbe.
Quelques instants plus tôt ils m'ont proposé de venir me baigner avec eux. Mais je n'avais pas de maillot.
Et j'ai lu dans leurs yeux que nos jeux ne pourraient pas toujours rester les mêmes.
Pour la première fois, j'ai senti que c'était comme une femme, qu'ils me regardaient.
Pour
la première fois, j'ai éprouvé cette sensation ambigüe et troublante,
au plus profond de mon corps, et jusque sur ma peau : comme de la
honte, et du désir pourtant, qui se mélangeaient. Qui se repoussaient,
et qui s'attiraient.
Lorsque j'y repense, il me semble que c'est
toujours la même émotion, invariable, dès que je sens le regard d'un
homme sur moi. Comme un signal.
C'était un peu confus. J'étais triste, comme s'ils m'avaient trahie. J'étais heureuse aussi.
Je n'étais plus une petite fille, plus une "princesa".
Alors très vite je me suis déshabillée, pendant qu'eux luttaient contre la force de l'eau.
Très
vite il n'y a plus eu sur mon corps qu'une culotte blanche, un
minuscule morceau de tissu que l'on devait voir de loin pourtant, dans
tout ce vert, et c'était mon drapeau, l'étendard de toutes les filles!
Avant de plonger à mon tour, je savais déjà que c'était moi, la plus forte...
...Mais là, dans la rue, seule parmi la foule des gens pressés, je me sentais perdue.
J'étais
heureuse pourtant. Dix années avaient passé, et j'allais retrouver mon
premier amour. Celui de l'enfance, de ses parfums, le goût de ma peau
salée sous le soleil d'Espagne en Juillet, lorsque je léchais mon bras
à la dérobée, la surprise dans ses yeux quand après notre premier
baiser j'ai léché sa peau à lui, et goûté le sel sur le dessus de son
bras, pendant que la toile de son jean se tendait jusqu'à lui faire
mal. Et puis ensuite j'ai enfoui mon visage au creux de son aisselle,
et puis j'ai respiré son odeur sucrée, et lui caressait mes
cheveux, son coeur battait fort aussi, et tout de suite ses doigts ont
déboutonné mon jean - trop habiles, j'ai pensé: il l'a déjà fait - déjà
sa main est sur mon sexe, ses doigts le découvrent, humide, et ils
m'explorent et quand ils poussent plus loin je relève la tête, pour que
nos lèvres s'embrassent encore.
Après on s'est regardés, longtemps. Il était important, ce moment, nous le savions. Je le savais.
J'ai de la chance, je m'en souviens tellement bien de ce baiser!
Plus
tard, au lycée, j'ai fait une enquête auprès des filles, comment ça
s'était passé pour elles, et tout ça, on dit que les filles ça se
raconte plein de choses, et moi j'étais curieuse, je voulais des détails
aussi, mais leurs réponses étaient très vagues. et celles qui en
parlaient beaucoup, je ne les croyais pas.
Alors je les ai gardées
secrètes, les sensations de ce jour là, mais bien vivantes au fond de
moi, gravées dans la mémoire de ma peau.
Maintenant j'aperçois l'église devant laquelle nous avons rendez-vous.
Mes yeux le cherchent.
Sur
le trottoir, en face, un homme me regarde, je ne sais pas... Non, ce
n'est pas lui. Je bouscule une jeune femme, qui promène un bébé dans
une poussette, et pendant que je m'excuse, le bébé me sourit, la maman
aussi, mais ce n'est pas moi qu'elle regarde, c'est quelqu'un qui est juste
derrière moi. Alors je sens qu'une main se pose sur mon épaule, et
j'entends une voix d'homme : "Olà, niña!.."
photo: Radinovitz / Jakob
texte: Belle
12 janvier 2007
Un amour d'enfance (part2)
...On jouait à des jeux de garçons.
C'est vrai,
j'avais la silhouette d'un garçon. Les mêmes jeans, et les
mêmes tee-shirt blancs sur le dos. Les miens étaient quand même plus blancs! C'est que, déjà toutes petites, on nous programme
autrement. Une fille ça fait attention à ses habits. Une fille, ça
apprend vite des mots comme "lessive" ou "ménage".
Mais j'étais en vacances, et j'étais la princesa.
Alors je participais à leurs jeux. Et à cet âge là, les frontières ne sont pas encore très nettes.
Et
le soir, après le dîner, c'était la promenade, le "paseo". La première
fois je ne comprenais pas. Il était dix ou onze heures, et tous les
gens sortaient dans la rue. Les anciens apportaient des chaises sur le
trottoir et se retrouvaient par petits groupes pour se raconter des
histoires. J'aimais bien les écouter même si je ne comprenais pas
grand chose...
Souvent Jose s'arrangeait pour qu'on se promène
ensemble mais il devenait tout rouge malgré tout, si quelqu'un lui
disait: "Olà hombre, tu novia es de Noruega? Que es un bombòn!"**
Là je comprenais. J'étais fière.
C'était interdit, mais on allait souvent au bord du canal. Ils essayaient toujours d'attraper des grenouilles.
Un jour on a fait la course, et en arrivant près de l'eau, les garçons ont voulu se baigner...
**Ta fiancée, elle vient de Norvège ou quoi? Elle est pas mal!
photo: Guille
texte: Belle
08 janvier 2007
Un amour d'enfance (part1)
Mon Dieu, comme j'avais le trac!
On devait se
retrouver près de l'église d'Alésia, et on s'était dit qu'on se
reconnaîtrait. Ce n'était pas possible qu'on ne se reconnaisse pas!
Pourtant quand nous nous étions embrassés, je m'en souviens, contre le
tronc d'un palmier - ce n'est pas confortable du tout, le tronc d'un
palmier, ce n'est pas douillet, ça me labourait le dos, à moi, et lui
qui me plaquait, qui me poussait, qui me caressait et me fouillait, et sa
langue forçait mes lèvres, et son sexe, tout dur, contre ma cuisse. Je
n'avais encore jamais connu cette sensation là. Au début, ça
ressemblait un peu à mes caresses à moi, à mes doigts sur mon ventre,
et sur mes seins, mais très vite aussi il y a eu cette force. C'était
nouveau pour moi, cette force d'homme! - quand nous nous étions
embrassés cette fois là, nous avions treize ans, tous les deux.
Nous
sommes nés le même jour de la même année, José et moi. Entre nous, il y
a plein de signes... Il est mon cousin, et aussi mon double, le négatif
de ma propre image. Ses cheveux sont noirs, et son regard, noir aussi.
Moi j'ai des yeux bleus, comme le ciel de Juillet en Catalogne, à
Tortosa. Sans nuages. Et en été, quand le soleil s'en mêle, mes cheveux
sont presque blancs, à force d'être blonds.
Je n'avais que treize ans mais je savais que c'était lui, la pièce du puzzle qui s'assemblait le plus exactement à moi.
Et
dix années plus tard, voilà que je marchais dans les rues, et que nous
avions rendez-vous, dans Paris, près d'une petite église.
Parmi la foule. Oh oui! On se reconnaîtrait...
photos: Tefeari
texte: Belle
04 janvier 2007
Mots de Lune
Toi qui gouvernes mes pensées,
Boussole experte
Lorsque mes doigts s'égarent...
D'un souffle tu ôtes mes interdits, fais la nique à ma peur
Et sans vergogne,
Me places à ta merci,
Victime sans larmes
sans honte aussi.
Maintenant je suis seule,
Seule avec toi
Je suis multiple, je sais
Le chant des fées
Le parfum du bleu profond de la nuit
Et le choeur sourd qui m'attire, et m'entraîne.
Je t'invite et tu viens
en moi.
Mais toi la Lune, tu es cruelle
Tu te moques de mon coeur
Toi la Lune tu me lies, et tu me livres ainsi
aux caresses, aux regards.
Je signe ton pacte, et tu me prends la main,
Un battement de cils,
Au bout du ciel tu es loin, déjà!
Je suis nue et lui, près de moi,
Qui m'observe,
Tranquille...
photos: Belle / Wolf
texte: Belle








