Belle et les mots Bleus

Histoires de Belle, par petits bouts, des petites pièces dans un grand puzzle, des images assez nettes, parfois un peu floues, ou bien complètement confuses aussi, comme des bribes de rêves, oui, un joli puzzle...

29 mars 2007

Ayo

La encore, je ne peux pas m'en lasser... De belles gens... Si vous aimez le reggae, et le sourire d'Ayo, allez jusqu'au bout...




Posté par BelleenBleu à 20:47 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


26 mars 2007

Les blondes aussi, pleurent dans la nuit...

marilyn1

Minuit sous la pluie, une femme fait un signe, le taxi s'arrête dans une flaque d'eau.
...J'ouvre la portière, et il y a cette chanson stupide qui me saute à la figure : "Only you, can make the darkness bright... you're my dream come true, my one and only you...O o only you..."
..."Oh Jack! Only my ASS, can make my Dream come True"
, je chante par dessus la radio. Il fait une drôle de tête. Aussi parce que cette voix lui dit quelque chose. Alors je me tais.
Je ne suis pas maquillée, j'ai mis une perruque noire. Personne ne me connaît. Comme ça c'est bien.
Je suis dans les vapes et le type me regarde de temps en temps dans le petit miroir. Il est inquiet, je ne sais pas, ça l'excite un peu aussi une femme saoûle dans son taxi, mais il a peur pour ses banquettes en cuir. Il a une patte de lapin qui pendouille, accrochée au petit miroir. On traverse des rues peuplées et aussi des rues toutes seules, et il y a toujours cette pluie fine. Je viens de voir une lame de couteau, qui brillait sur le trottoir luisant. Ca me fait penser à Joe, je ne sais pas pourquoi.  Mais qu'est ce qu'il croit? Il veut que je l'aime! Et toi, Mister President? Comment c'est pour toi? Tu parles, il s'en fout pas mal, lui, que je l'aime! Lui, ce qu'il veut, c'est baiser un symbole. Il a raison. Le fric et le pouvoir. Le pouvoir, le fric. Ca lui plait, ces deux grosses mamelles obscènes. A force d'y penser, il a bien fini par y arriver, et maintenant, il les tient dans ses mains. Pour lui c'est clair, au moins!
Et pour moi c'est comment alors?
Je demande au type dans le petit miroir s'il aimerait bien me baiser. Il ne répond pas.
J'insiste : "C'est qui, que tu voudrais baiser là tout de suite?"
Cette fois il répond, sans me regarder, mais avec une grimace équivoque. Il a une voix aigue et nasillarde.
"Marilyn Monroe!"
"Arrête toi! Je descends là."
Je suis seule sur le trottoir et je vois les lumières rouges qui s'éloignent. Dans la poche de mon trench-coat je sens la petite flasque de Bourbon, elle est presque encore pleine. La pluie me réveille un peu. Je fais signe à un taxi...
"Every Baby needs a Daddy,
Just to keep her worry free..."


marilyncontactsheet1



***
Petite scène imaginée en écoutant l'émission "2000 ans d'histoire" / France Inter / 27 mars 2007 26 mars 2007 / Invitée: Anne Plantagenet pour son livre: "Marilyn Monroe" / Gallimard Folio Biographies.


photo : ?
texte : Belle

Posté par BelleenBleu à 22:08 - Maudit Blues - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mars 2007

Carré Bleu!




Ruslan_lobanov



Mes doigts se promènent sur sa main. Sa main reste posée là, en haut de ma cuisse, et sur le pli de l'aine, sa main, confiante. Maintenant, nous sommes assises sur le lit, les oreillers calés contre le mur, sous nos reins.
Son autre main veut caresser la pointe d'un de mes seins, juste un instant, puis elle remonte, et son index tendu se pose sur mes lèvres. Chut! Voilà, il scelle notre secret...

Cela fait déjà longtemps! Jusqu'à ce jour il n'y avait eu qu'une seule personne, une seule à connaître tous ces petits recoins, cachés au fond de ma mémoire. Toute entière je m'étais racontée à lui, intégralement, patiemment. De lui pourtant je ne savais pas tout. Mais c'était comme ça. Je voulais lui offrir mes souvenirs, je voulais qu'ils se fondent dans les siens. Je voulais qu'ils lui appartiennent, ainsi que mon corps, ainsi que tous les instants de ma vie.
Maintenant il est parti, et je veux les poser un à un sur ma paume, et les souffler doucement vers d'autres, vers toi, vers elle, vers vous. Je voudrais qu'ils traversent votre ciel. Des flocons légers sur un ciel d'été. Bleu.
Une mélodie que le vent vous amènerait par bribes, et dont vous rempliriez les silences, avec vos propres notes...

...Il faisait chaud. La date de mon examen était toute proche, et il fallait vraiment que je révise. Mais mon esprit vagabondait. Fenêtre ouverte sur les toîts, rectangle bleu que déchire un instant le vol d'un pigeon. Et voilà qu'aussitôt j'écoute les roucoulades, échangées sur le zinc des gouttières, dans des séries interminables, toujours les mêmes. Identiques. Hypnotiques. Je rêve. J'ai un peu faim aussi. Un couscous avec Charlie sur le boulevard, en terrasse. La dernière fois il y avait un musicien de jazz à la table d'à côté. Il avait des cheveux longs, et grisonnants. Et de belles mains, lui aussi. Mais hélas, en face de lui, il y avait une fille, une fille qui aurait pu faire la couverture de Vogue juste en claquant des doigts, comme ça, par caprice! Pourtant, de temps en temps, il regardait dans notre direction, l'air de rien. Quand Charlie l'a remarqué, elle m'a pris la main, et s'est mise à sucer mes doigts pleins de sauce piquante, en le regardant bien droit dans les yeux. Tout de suite il a détourné le regard. Mais sa gêne était visible. Elle aimait bien mettre les gens mal à l'aise, et plus encore quand elle leur trouvait un air un peu faux-jeton. Et la fille piquait un fard. Et les Beatles chantaient... Non je plaisante.

Je rêvais d'un autre couscous et d'aventures quand j'ai entendu ses pas dans l'escalier. Ses talons claquaient sur les marches. Je l'entendais alors qu'elle n'était encore que deux ou trois étages plus bas. Elle adorait faire du bruit. C'était aussi sa manière de s'annoncer. Car elle entrait toujours chez moi sans frapper. Le son se rapprochait, et puis plus rien! Entre les deux derniers étages, sur le palier, parfois, on rencontrait Elvire. C'était une vieille dame, qui avait rencontré le roi et la reine de Belgique, et qui en savait long sur toutes les couronnes d'Europe, - je l'aimais bien, je l'appelais Doña Elvira, elle était contente, enfin c'est ce qu'il me semblait - mais ici, Elvire venait dormir, sur des cartons et des tissus variés, à côté de sa bouteille. Je crois, il y avait sûrement peu de cages d'escaliers dans lesquelles les résidents la laissaient dormir tranquille, alors elle venait là, de temps en temps. Et Charlie avait dû calmer son raffut, pour ne pas la déranger.
Surprise! La porte s'ouvre tout doucement. Et par l'entrebaillement, comme dans une publicité, je vois apparaître une bouteille de Champagne, puis la main qui la tient, et puis en bas de la porte une chaussure de chez Prada, et une jambe longue, gainée de noir.
Et un grand éclat de rire qui s'envole par la fenêtre, et résonne dans toute la cour.
-Tu ne peux pas savoir! J'en ai des trucs à te raconter!
Pendant qu'elle me raconte, je mets la bouteille dans mon grand saladier en pyrex, et ça me fait penser au commandant Charcot, au milieu de ses glaçons qui s'entrechoquent. Je n'écoute pas tout, mais sa voix me berce.
-Charlie, j'ai faim! Ca fait une heure que tu parles...
Elle a aussi apporté, de chez le traiteur des Antilles, du féroce, avec de l'avocat et de la morue, elle sait que j'adore ça. Et aussi du Matoutou au crabe, lui il dit "MatoutouCrab", en un seul mot. Un festin de reines! 
Le champagne est frais, la tête me tourne un peu, mais je me sens bien. Maintenant elle se roule une cigarette.
-Essaye, tu verras : talons aiguilles et collants, et clopes roulées! Effet garanti!
Je ne savais pas trop de quel effet elle voulait parler, ni sur qui il était censé agir. Avant que je ne lui pose la question, elle me tend sa cigarette.
-Il est parfumé ton tabac!
-Ah oui, et en plus il donne le fou rire!

... Les roucoulades des pigeons font une drôle de musique maintenant. On les écoute, et on se regarde, on se regarde et on pouffe de rire, on les écoute encore, etc... Je ferme les yeux, et le rire de Charlie vient se superposer à leur chant, le commandant Charcot lui, ne s'amuse pas trop, il veut attraper des crabes, mais il n'y arrive pas, il est beaucoup trop lent... On doit nous entendre rire jusqu'au Père Lachaise. Alors je pense à Jim Morrison et à ses fans, ceux qui viennent toujours poser une rose en plastique sur sa pierre bizarre, ou bien une canette de bière. Non je ne pense pas. Plutôt des images qui filent toutes seules, sous mon crâne, comme des nuages que le vent pousse sur l'horizon. Le cri des goélands. Les vagues se fracassent sur les rochers. Les embruns sur le visage. Je n'entends plus le rire de Charlie, alors j'ouvre les yeux, et son visage est au dessus du mien, tout près, mais son regard est grave maintenant, longtemps je crois, je ne sais pas, nous nous regardons, si près, son image est un peu floue, je ferme les yeux, juste un instant, et pendant cet instant, un papillon léger vient effleurer mes lèvres, très doucement, et je veux encore garder mes yeux fermés, encore, mais je crois qu'alors c'est mon corps tout entier qui se tend à la rencontre du sien,  et enfin c'est son âme, et la mienne, qui se trouvent, qui se touchent, qui se fondent, dans un très long baiser...

La fenêtre découpe toujours un grand espace tout bleu,
mais maintenant,
le silence est revenu.

 

bartabak_espace_bleu


photos: Ruslan Lobanov / Bartabak
texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 19:26 - les Mots Bleus - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mars 2007

Voyages immobiles...

Christian_Stocker_Oresund


Tant de sensations se mêlent, se choquent, se contrarient parfois, lorsque je pense à lui.
Dès que je pense à lui, la première image qui envahit mon écran, ce sont ses yeux.
Noirs.
Et mon coeur bat plus fort.
Pourtant du temps a passé déjà. C'est toujours là. Vivant.

...Nous sommes dans la rue. Nous sommes sur un quai de la gare de Lyon.
Et maintenant, sur une plage des Landes. A rire dans les rouleaux, et nus dans les dunes que des voyeurs arpentent comme des oiseaux tristes et si peu discrets, avec leurs lunettes noires.
A Paris au milieu de la nuit sur les boulevards, à la recherche d'un taxi, une pluie froide coule dans mon cou.
En émergeant, en sueur, d'un mauvais rêve.
En ouvrant les yeux le matin devant une fenêtre ouverte en grand sur un glacier scintillant, en lui souriant, en passant mes doigts dans ses cheveux.
Près d'une cheminée, le froid dehors, la lueur des flammes et sa main qui remonte, sur ma cuisse, la chaleur dans mon ventre, instantanée, et cette multitude de courants minuscules, qui parcourent mon corps entier de petits arcs d'étincelles, qui aiguisent mon attente de longs délices, à venir.
Dans cette église où tous les invités sont habillés de noir et où l'on chante des cantiques.
Et maintenant me voilà calée dans le confort du siège en cuir beige d'une auto qui traverse un grand pont vers la Suède, à Copenhague.
Et encore, un lac à mille lieues (au moins), des hommes et de leurs inutiles colères, un lac où des castors invisibles échafaudent des barricades sans jamais rider la surface de l'eau, je ne saurais plus y retourner sauf en rêve, je me souviens juste d'Ottawa, ville étrange, et puis d'une route interminable vers ce silence que seuls les loups déchiraient, la nuit.
Tant de lieux et tant d'instants. Tant de sensations, et toujours cette présence, l'image de ces yeux.   

De ses yeux.
Noirs.
Au fond des miens.



Photo: C.Stocker
Texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 02:09 - Lettres d'Absence - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1