24 novembre 2007
Les Pénitents Rouges (#1)
"Lorsque j'ai fait un parfum, j'ai voulu qu'il soit rouge.
Rouge le parfum?
Oui, comme le feu ou la tâche dans la main quand on s'est brûlé.
Rouge comme la drogue ou la robe dégrafée, ouverte pour laisser passer la main.
Comme l'excès, la jouissance, le sans limite, la liberté, l'extrême provocation, le trop plein, la folie d'un champ de coquelicots, le velouté d'une étoffe, l'ivresse du vin, le roman par excellence, un sublime conte de fées.
Le rouge, c'est l'érotisme, le sexe, la fascination, la cristallisation dans l'amour fou..."
Sonia RYKIEL
(extrait de sa préface pour le "Dictionnaire des mots et expressions de couleur: Le Rouge" de Annie Mollard-Desfour - éditions CNRS)
... / ...
J'aimerais tant retrouver cet endroit ! Je l'ai cherché en vain, longtemps après. Parfois même, je me demande s'il existe, autrement que dans la mémoire d'une femme amoureuse.
Je ne m'oriente pas très bien, tu le savais déjà, lorsque tu m'as proposé ce voyage.
Toi, tu avais vécu dans ces lieux, enfant, et tout, ici, te parlait encore.
Les troncs gris, tout couverts de mousses et de lichens, la terre brune, le rouge, l'ocre. Le vent.
Et ces rochers suspendus au dessus des combes qui dessinent parfois le contour d'un visage, tour à tour souriant ou menaçant.
Tout ce pays te parlait. Il te racontait des histoires.
Des histoires de gens d'avant... Des histoires que les hommes avaient oubliées depuis longtemps...
Une ruine était apparue, en surplomb la route, quelques murs comme un poing levé qui défiaient le ciel, une danse de pierres empilées dans un équilibre impossible, presque un tas de cailloux, mais tu savais lire ces pages là, et tout à coup de très anciens fantômes reprenaient vie, un instant, que tu me présentais... Tu vois cette femme? Elle était là, juste là, à récolter quelques brindilles pour qu'une flamme étique vienne réchauffer sa solitude, et sa peau ridée, elle était toujours très belle... elle était fière! Pourtant chaque jour il lui fallait lutter contre le froid, contre le vent et la misère, et la folie qui roulait dans les yeux de son homme, et jusque sous ses paupières closes... son homme, son pauvre amoureux d'avant, vaincu par ses peurs, et par tous ces démons incestueux qui s'acharnaient, qui s'incarnaient tour à tour dans ses paroles blasphématoires - "Me cago en Dios!" - qu'il hurlait vers le plafond, contre le ciel... et quand ils s'en allaient enfin, lassés de lui et de ses tourments, un sourire lui venait aussitôt, qui éclairait son visage, le baignant dans un halo de douceur et de paix, un sourire d'enfant qui lui tirait les larmes...
Cela faisait si longtemps! La mort elle-même et son hideux cortège, avaient délaissé ces ruines, qu'aucun feu ne réchauffait plus. Quelque chose pourtant, un souffle d'air, t'avait parlé, et toi, tu avais su entendre cette voix, immatérielle.
Parfois j'imaginais qu'elle pouvait te parler de bien plus loin encore, bien au-delà. Te raconter la naissance de ces rochers, de ces montagnes, et jusqu'à la naissance du monde...
Emprunt Photographique: A.Rodier
Texte : Belle
16 novembre 2007
Un an déjà, etc...
...
Comme ça passe vite un an !
Un an sans lui, un an sans toi.
Et comme j'avais froid, seule
Ce jour là !
C'est si loin, un an...
De Novembre à Novembre,
4 saisons de Belle,
Ont passé déjà...
Quelques histoires, Juste quelques uns de mes rêves,
quelques traces d'émotions,
Flocons légers,
Déposés
Pour vous,
Ici.
...
Encore un an ?
Et tout ce qu'il y a dedans ?
...
C'est long un an !
11 novembre 2007
Besoin d'un Guide Mademoiselle ?
L'air est tellement sec, et tellement chaud ! Même le sable des dunes semble vouloir s'embraser. Un tulle devant la bouche, un filtre léger devant cette incandescence, et ma langue parfois sur mes lèvres, les humecter, un peu, il ne faut pas, du gras plutôt, mais je n'en ai pas... et le soleil est à midi. A la verticale de nos têtes, il perce nos crânes plus surement qu'une chignole. Il y a de la vie dans le désert, il y a de la vie... Tu ne m'as toujours pas répondu : pourquoi t'appelle-t-on "Papa"? Remarque ça te va bien. Ta peau burinée, tes rides au couteau. Et tes mains ! Grandes et fortes. Des mains à protéger les petites filles de toutes les peurs du monde : Peur de ce que pourrait cacher la nuit dans la forêt des géants, peur de toute cette vie, immense et inconnue et à venir... Peur de l'inconnu? Sans doute, oui. Et aussi : Peur d'être perdue, dans la ville sous la pluie, quand tu as disparu, en larmes, seule, près de l'étal de la fleuriste, Place des Ternes, en novembre. Alors la fleuriste s'est penchée sur moi avec son grand sourire, et elle a pris ma main, et elle l'a posée tout doucement au creux de la tienne, tu n'avais plus de souffle d'avoir couru en me cherchant parmi la foule, et aussi d'avoir crié mon nom tu n'avais plus de voix. Mais tu m'avais retrouvée. Tu riais ou tu pleurais? Je ne sais pas trop. Mais ma petite main était de nouveau dans la tienne et il pleuvait maintenant, alors tu me prenais dans tes bras et tu m'embrassais comme sur une image de Robert Doisneau. Il y avait déjà du monde installé pour diner dans la grande brasserie lorraine et les gens nous regardaient nous mouiller tous les deux. La fleuriste était déjà retournée à ses petits œillets, à ses roses. La fleuriste avait les joues rouges de froid. Elle avait un parfum de bonheur aussi. Enfin, je crois.
C'est drôle comme on peut changer nos émotions, et maquiller nos souvenirs, les habiller comme des Barbies. Les arranger, les transformer, les agencer comme un peintre compose sa toile, leur dessiner de petites étoiles dessus, et les ranger dans son cahier d'enfant. Pour pouvoir les regarder plus tard et leur sourire : Bonjour mes souvenirs, vos couleurs sont un peu passées, mais vous êtes si beaux, avec un peu de brume. Oui un peu de brume, surtout ! Indispensable brume !..
Donc je sais que tu t'appelles "Papa", et je marche avec toi, dans un désert immense, beaucoup plus grand que mes rêves...
Tes mains me rassurent, et même, parfois, j'imagine qu'elles frôlent ma joue.
Il y a de la vie, dans le désert !
Emprunts photographiques : tgrando / bladsurb
Texte : Belle




