Belle et les mots Bleus

Histoires de Belle, par petits bouts, des petites pièces dans un grand puzzle, des images assez nettes, parfois un peu floues, ou bien complètement confuses aussi, comme des bribes de rêves, oui, un joli puzzle...

16 novembre 2007

Un an déjà, etc...

Anniv

...

Comme ça passe vite un an !
Un an sans lui, un an sans toi.
Et comme j'avais froid, seule
Ce jour là !
C'est si loin, un an...

De Novembre à Novembre,
4 saisons de Belle,
Ont passé déjà...

Quelques histoires, Juste quelques uns de mes rêves,
quelques traces d'émotions,
Flocons légers,
Déposés
Pour vous,
Ici.

...

Encore un an ?
Et tout ce qu'il y a dedans ?

...

C'est long un an !

Posté par BelleenBleu à 22:43 - Des jours et des Nuits - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


11 novembre 2007

Besoin d'un Guide Mademoiselle ?

Namib_desert_2

L'air est tellement sec, et tellement chaud ! Même le sable des dunes semble vouloir s'embraser. Un tulle devant la bouche, un filtre léger devant cette incandescence, et ma langue parfois sur mes lèvres, les humecter, un peu, il ne faut pas, du gras plutôt, mais je n'en ai pas... et le soleil est à midi. A la verticale de nos têtes, il perce nos crânes plus surement qu'une chignole. Il y a de la vie dans le désert, il y a de la vie... Tu ne m'as toujours pas répondu : pourquoi t'appelle-t-on "Papa"? Remarque ça te va bien. Ta peau burinée, tes rides au couteau. Et tes mains ! Grandes et fortes. Des mains à protéger les petites filles de toutes les peurs du monde : Peur de ce que pourrait cacher la nuit dans la forêt des géants, peur de toute cette vie, immense et inconnue et à venir... Peur de l'inconnu? Sans doute, oui. Et aussi : Peur d'être perdue, dans la ville sous la pluie, quand tu as disparu, en larmes, seule, près de l'étal de la fleuriste, Place des Ternes, en novembre. Alors la fleuriste s'est penchée sur moi avec son grand sourire, et elle a pris ma main, et elle l'a posée tout doucement au creux de la tienne, tu n'avais plus de souffle d'avoir couru en me cherchant parmi la foule, et aussi d'avoir crié mon nom tu n'avais plus de voix. Mais tu m'avais retrouvée. Tu riais ou tu pleurais? Je ne sais pas trop. Mais ma petite main était de nouveau dans la tienne et il pleuvait maintenant, alors tu me prenais dans tes bras et tu m'embrassais comme sur une image de Robert Doisneau. Il y avait déjà du monde installé pour diner dans la grande brasserie lorraine et les gens nous regardaient nous mouiller tous les deux. La fleuriste était déjà retournée à ses petits œillets, à ses roses. La fleuriste avait les joues rouges de froid. Elle avait un parfum de bonheur aussi. Enfin, je crois.
C'est drôle comme on peut changer nos émotions, et maquiller nos souvenirs, les habiller comme des Barbies. Les arranger, les transformer, les agencer comme un peintre compose sa toile, leur dessiner de petites étoiles dessus, et les ranger dans son cahier d'enfant. Pour pouvoir les regarder plus tard et leur sourire : Bonjour mes souvenirs, vos couleurs sont un peu passées, mais vous êtes si beaux, avec un peu de brume. Oui un peu de brume, surtout ! Indispensable brume !..
Donc je sais que tu t'appelles "Papa", et je marche avec toi, dans un désert immense, beaucoup plus grand que mes rêves...
Tes mains me rassurent, et même, parfois, j'imagine qu'elles frôlent ma joue.
Il y a de la vie, dans le désert !



Plac


Emprunts photographiques : tgrando / bladsurb
Texte : Belle

Posté par BelleenBleu à 19:39 - Des jours et des Nuits - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 février 2007

Juste un Instantané.

...

Dans cette ville les gens sont pressés. Tout le temps. Flâner est une attitude incongrue, et les flâneurs dérangent le flot, celui qui s'écoule sur les trottoirs. Ils sont mal vus,  ils contrarient l'allure des piétons.
Sauf sur l'esplanade du Louvre, appareil photo obligatoire, en bandoulière, le jet d'eau devant la Pyramide, qui envoie parfois de fines gouttelettes sur l'objectif (on les verra plus tard, en tirant les images, avec un petit bout de la bandoulière).
C'est souvent comme ça pour moi, quand je prends des photos, mais ça m'est égal. D'ailleurs je n'en prends pas souvent, d'autres le font, tellement mieux!
Je préfère laisser les images entrer en moi et se faire leur chemin, se trouver un petit coin libre dans ma grande bibliothèque des synapses, et réapparaître un jour, longtemps après.
Ainsi la vitrine du magasin d'articles de danse devant lequel je m'étais arrêtée cet après-midi là, prenant le risque de perturber le flot incessant des marcheurs énervés. Quelle impertinente!
Mais j'avais une bonne raison.
Je voulais voir la tête de l'homme qui me suivait depuis un moment.
Je savais que quelqu'un me suivait, qui faisait certainement très attention à ce que je ne m'en aperçoive pas. Mais les filles ont des antennes particulières, invisibles, qu'elles ont développées toutes petites déjà. Je les mettais en pause la plupart du temps, mais cette fois elles vibraient très fort et je les avais entendues.
Des chaussons de danse, il y en avait des roses, des blancs, dans la vitrine. Un mannequin sur des pointes, avec un tutu de tulle - ça sonne bien, un tutu de tulle, non? - comme sur les toiles d'Edgar Degas, qui montrent des petits rats, à la répétition.
Encore cette sensation bizarre en moi. Encore ce mélange d'inquiétude, et d'excitation.
L'homme m'a frôlé, et puis il s'est arrêté juste après, dans l'embrasure d'une porte cochère, pour allumer une cigarette, en protégeant la flamme de son briquet avec ses mains en forme de conque.
Parmi les reflets et les chaussons de danse, son visage m'est apparu un instant.
C'était le visage d'un enfant.
Lorsqu'il m'a regardée dans ce miroir improvisé, j'ai reconnu le garçon, celui qui désespérément, essayait de se faire remarquer d'une riche veuve, dans le livre que j'étais en train de lire: "Le Printemps Romain de Mrs Stone". Il avait le même air misérable, et hautain à la fois.
Je lui ai souri et il a eu l'air surpris. Gêné. Puis il s'est détourné et il a disparu dans le flot.
Et voilà cette image, qui m'apparaît ce soir, quinze ans plus tard, au hasard sortie de l'album de photos de ma mémoire.

1°- Je me demande pourquoi il n'a pas répondu à mon sourire.
2°- Je me demande s'il le regrette (mais je pense que oui).
3°- J'ai très envie de relire le livre de Tennessee Williams.



degas_ecole_de_danse_1873__huile_sur_toile_



Degas: école de Danse (huile sur toile - 1873)
Texte: Belle

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27 janvier 2007

Sous les Toits (#1)

devant_la_fen_tre_Naccarato

Je vivais là avec mes amies, les souris. Des petites âmes grises et facétieuses.
Nombreuses aussi!
Elles aimaient bien grignoter mes livres d'étudiante. Je devais les ranger dans une grande cantine en fer. Elles auraient pu tout aussi bien les y trouver, mais elles préféraient la facilité du placard de la cuisine. Alors je leur laissais quelques offrandes, et nous vivions comme ça, en bonne intelligence, elles et moi.
Romain, c'était mon amoureux. Lui il ne les aimait pas du tout. Il faisait semblant, parce qu'il avait peur de me déplaire. Il était mignon. Je crois. C'est drôle, j'ai presque tout oublié de lui. Son odeur? Le goût de sa peau? Toutes ces petites choses importantes. Je me souviens surtout qu'on riait. Quand on était ensemble on passait des heures à rire de tout. Lui aussi, il a du m'oublier. Je ne sais pas. Yo no sé.
Avant d'arriver chez moi, il avait traversé une bonne partie de Paris. Il apportait toujours quelque chose. Des pistaches, des fleurs, des accras, un livre qu'il avait acheté chez un bouquiniste sur les quais, un ananas qu'il avait acheté à la sortie du métro, de vieilles cartes postales, un calendrier tout écrit en chinois qu'on lui avait donné dans un restaurant de Belleville, et toutes sortes de choses qui nous faisaient rire.
Je le laissais gratouiller à la porte un petit moment, comme si je n'étais pas là, et j'imaginais sa tête sur le palier. Ou bien je faisais semblant de parler à quelqu'un pour lui faire croire que je n'étais pas seule. Il était jaloux, mais il n'osait pas me le dire. J'en profitais...
Pendant qu'il hésitait, je me déshabillais très vite et juste avant qu'il ne se décide à redescendre les cinq étages, je lui criais d'entrer, que c'était ouvert, alors il poussait la porte timidement, et j'étais toute nue devant lui.
Il ne m'en voulait pas de jouer avec lui. Il ne s'y connaissait pas trop, en filles, et je lui apprenais.
J'étais un peu comme une grande soeur, j'avais beaucoup de plaisir à lui montrer.
Quand on n'avait pas envie de jouer à ça, on se racontait des histoires qui nous faisaient rire, et ça durait des heures...


Photo: Naccarato
Texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 00:27 - Des jours et des Nuits - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2006

une nuit sans lune

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Il fait nuit dans ce train qui traverse l'Allemagne. Les lumières sont en veilleuse, certains passagers lisent, mais beaucoup d'entre eux se sont endormis.
Parfois nous croisons un autre train qui pousse un cri aigu et puis s'abîme dans la nuit.
Je ne dors pas. Mes mains sont posées sur mes genoux, et mon coeur bat la chamade. Je n'ose pas tourner la tête. A ma droite un homme. Lui non plus, ne dort pas. Le bruit du train couvre sa respiration, il ne bouge pas.
J'ai vu minuit trente à ma montre. Combien de temps depuis? Une heure? Plus? Je suis incapable de bouger pour le vérifier, et de toute façon à quoi bon...
Les mouvements de mon esprit eux mêmes me dérangent, tant je suis attentive à cet échange sans paroles.
Depuis un moment des images que je ne contrôle pas, viennent devant mes yeux et disparaissent aussitôt, l'une chassant l'autre.
...Je suis une petite fille et je cours sur le sable mouillé. Quelque chose m'effraie mais je ne sais pas ce que c'est. Une peur d'enfant. Mon père me prend dans ses bras. Ses grandes mains me rassurent. Je suis chez le coiffeur maintenant, j'ai vingt ans passés, mes longs cheveux blonds sont mouillés par l'eau tiède du shampooing et j'entends les premiers coups de ciseaux... Très courts, j'avais dit...
Je suis au cinéma, avec M. Quel film? Ses doigts frôlent mon collant, je crois entendre un crissement léger et je me tends aussitôt, comme un filin d'acier, je me demande si sa main va pousser plus loin, cette attente est un supplice, cette attente est un délice...
Dans le train, l'homme près de moi n'a toujours pas bougé, mais je sais qu'il m'écoute. Et moi, je suis toute entière à ce partage silencieux.
Sous mes paupières les images défilent, plus précises à présent, plus pressantes, plus troublantes. Mon coeur s'accélère encore, je sens sur ma peau le contact du chemisier de soie et mes cuisses se serrent. Une perle de sueur vient couler sur mes lèvres.
Tu es là, tu es près de moi, je sais, tes yeux vont descendre lentement vers mes seins, tendus sous l'étoffe. Et je suis prête, prête à mourir, dès la première de tes caresses...
A ma droite l'homme est immobile.
Le train s'enfonce dans la nuit.


photo: jdawg.
texte: Belle

 

Posté par BelleenBleu à 01:09 - Des jours et des Nuits - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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