Belle et les mots Bleus

Histoires de Belle, par petits bouts, des petites pièces dans un grand puzzle, des images assez nettes, parfois un peu floues, ou bien complètement confuses aussi, comme des bribes de rêves, oui, un joli puzzle...

18 mai 2007

Il y a des mémoires qui se télescopent, parfois...

...

Alors, je me souviens.

Il y a un chien maigre. Son pelage n'est plus blanc, ça fait bien longtemps. Il farfouille dans les poubelles de l'hôtel, et il sait déjà qu'il va trouver là un trésor, semé de mouches, parmi les déchets des hommes. Son instinct, c'est son guide. Infaillible. Il croit en Dieu, lui.
Un peu plus loin, des enfants. Accroupis en un conciliabule, on pourrait croire qu'ils invoquent des esprits. Pas le Dieu des grands cette fois, ah ça non ! Car pour cette envergure là ils sont encore trop petits. Ce sont des esprits joueurs, avec lesquels ils font leur négoce, des esprits très puissants, qui vivent dans des corps d'enfants. Ceux-là mêmes qui devraient pouvoir, toujours, les protéger de la misère des grands. Enfin !..
Il fait très chaud ici. Et il y a des moustiques. Beaucoup de moustiques.
Voilà. Le reste du cadre est vide. L'évocation discrète d'un désert d'humains. Un désert de cailloux, de poussière. Un désert brûlant.
A Paris dans une rue où je me hâte, passante pressée parmi tant d'autres, je rencontre un miracle, bleu comme le ciel, avec sur la tête, une chechia blanche. Un miracle c'est un de ces instants suspendus bien au delà des nuages et où tout semble être à sa place. Un miracle ne fait rien pour qu'on l'évite ! Et pourtant...
Tête baissée, remplie de tant de pensées importantes, j'aurais pu, très facilement, contourner l'obstacle au grand sourire.
Mais quelque chose au fond de moi avait dû le reconnaître (ou était-ce lui qui m'avait repérée dans la foule, lui qui m'avait choisie ?), enfin dès lors, je ne pouvais rien faire d'autre que de foncer, comme un bélier miniature, casque blond, dans cette grande carcasse noire :  "Bonjour Mademoiselle, il ne faut pas avoir peur, moi, je m'appelle Baba..."

Belle

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04 janvier 2007

Mots de Lune

la_luna

Toi qui gouvernes mes pensées,
Boussole experte
Lorsque mes doigts s'égarent...
D'un souffle tu ôtes mes interdits, fais la nique à ma peur
Et sans vergogne,
Me places à ta merci,
Victime sans larmes
sans honte aussi.

Maintenant je suis seule,
Seule avec toi
Je suis multiple, je sais
Le chant des fées
Le parfum du bleu profond de la nuit
Et le choeur sourd qui m'attire, et m'entraîne.
Je t'invite et tu viens
en moi.

Mais toi la Lune, tu es cruelle
Tu te moques de mon coeur
Toi la Lune tu me lies, et tu me livres ainsi
aux caresses, aux regards.

Je signe ton pacte, et tu me prends la main, 
Un battement de cils,
Au bout du ciel tu es loin, déjà!
Je suis nue et lui, près de moi,
Qui m'observe,
Tranquille...

 

wolf_3



photos: Belle / Wolf
texte: Belle

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19 décembre 2006

Une Histoire Parisienne (part 1-2-3)

jupe_courte_Dr_Evil

C'était un après midi de septembre. Les enfants avaient repris leurs cartables depuis quelques temps déjà, et leurs chemins d'écoles. Une belle journée. Un beau soleil en passant sur la Seine. C'était une journée de vacances pour tous les deux, j'avais envie d'aller au Jardin des Plantes, j'avais envie de manger une glace dans un square, de flâner main dans la main, j'avais envie qu'on aille au Louvre, avec les touristes du Japon et ceux d'Italie, ou d'un peu partout. Je n'avais pas vraiment de programme, en somme.
Lui, oui.
Il avait commencé, ce jour là, par décider de ma tenue, j'avais décidé de lui obéir.
Quand nous sommes entrés dans ce café près de l'Hôtel de Ville, la plupart des hommes m'ont regardée, m'ont toisée, m'ont déshabillée. Ainsi qu'il l'avait souhaité.
Sur moi je n'avais qu'une robe d'été, une petite robe rouge très courte, et des sandales.
Lorsque nous marchions dans les rues, quelques instants plus tôt, je n'y prêtais pas attention.
Il me parlait, il riait, il m'occupait...
Il a tenu la porte et s'est effacé devant moi.
Nous entrions dans cette grande salle aux banquettes rouges, et brutalement j'ai pris conscience de mon image, reflétée par un miroir immense encadré de dorures. C'était l'image d'une femme presque entièrement nue, et livrée au regard d'hommes inconnus.
Indécente!
Comme pour m'en protéger, je me souviens d'avoir serré mon sac contre moi. Je me souviens, j'ai pensé aux babioles qu'il y avait dedans, du rouge à lèvres et des clés, des Kleenex, et puis des trucs de sacs de filles.
J'ai voulu faire demi-tour, mais sa main me pressait doucement la taille.
Nous étions entrés dans le jeu.
Les banquettes se faisaient face et délimitaient un espace à l'intimité trop restreinte. Je savais qu'il me faudrait m'en contenter.
Je me suis assise et ma robe, trop courte, est remontée encore plus haut sur mes cuisses.
Lui, s'est assis en face, un grand sourire, il semblait détendu.
Un peu plus loin un homme attablé devant un café faisait semblant de lire, mais ses yeux étaient fixés sur moi, et ils m'exploraient.
Je le sentais. Son regard était collé à mes seins, puis il se promenait sur mes jambes serrées, sur mes bras et sur mes mains nerveuses. Je savais qu'il était en train de mettre des notes à  mes courbes, et que sur l'échelle de ses valeurs, j'allais certainement être très bien placée.
J'ai regardé furtivement dans sa direction. Il me dévisageait ostensiblement, sans la moindre gêne.
Nos boissons sont arrivées. J'ai posé mes lèvres sur le bord de mon verre et, pensant que le jeu plairait à M, je me suis tournée franchement vers l'homme, et j'ai planté mes yeux bleus dans les siens.
Son regard obscène continuait son va et vient sur moi. Il me détaillait comme un objet.
Alors j'ai baissé les yeux.
M. s'est levé. Il s'est dirigé vers l'homme, et s'est assis à sa table. Ils ont parlé un moment.
Et puis soudain M. est parti, très vite.
J'étais seule à présent. L'homme me regardait à nouveau...

 



... Il a pris son temps.  Il a continué tranquillement son exploration.
Comme un collectionneur qui observe un papillon, il faisait son inventaire. Il me répertoriait.

Depuis mes pieds dans leurs petites sandales jusqu'à mes reins, son regard se baladait sur mes jambes. Et quand il s'est attardé à nouveau sur mes seins, une drôle de sensation a commencé à monter en moi, je me sentais honteuse et pourtant, déjà, j'aimais le jeu.
M. le savait. Lorsqu'il en avait imposé les règles.
Sans me voir il savait que je rougissais sous le regard insistant de l'homme, et sans me toucher non plus, il participait à la vague de chaleur qui commençait à m'envahir.

L'homme s'est approché de moi. Il n'était pas très grand, mais il était très fort. Je ne m'en étais pas aperçue auparavant, et je lui ai trouvé un air un peu effrayant.

Il n'a pas dit un mot, juste un hochement du menton, qui me faisait signe de le suivre.
Je suis sortie du café avec lui.
Je ne voyais M. nulle part.
Lui, c'était un homme prévoyant, la plupart du temps, mais j'étais inquiète malgré tout.
Une fois dans la rue, j'ai entendu la voix de l'inconnu pour la première fois, une voix rauque, et voilée :
"On va vers les Halles !"

WomanWalking_Miguel_Pereira

Un moment plus tôt je me promenais et j'étais insouciante, je riais des plaisanteries de mon amoureux, je regardais les vitrines des boutiques de luxe.
Mais le décor avait changé. Je marchais dans la rue de Rivoli maintenant, avec un homme que je ne connaissais pas, et de temps en temps, sa drôle de voix dans mon oreille, qui me guidait : "par là... allez on traverse..." Il  disait ces mots doucement, lentement, comme pour s'assurer que j'avais bien compris, comme s'il parlait à un enfant.
Il ne me touchait pas, mais il était toujours là, tout près, derrière moi.
Je me suis mise à penser, et si... Non, je n'aurais jamais pu m'échapper.
Le regard des gens que nous croisions en disait long : il ne cessait pas son jeu de voyeur, et au centre de sa mire, mes fesses étaient plein cadre... J'avais chaud.
En traversant les Halles je cherchais toujours à apercevoir M.
Puis nous avons pris la rue Montmartre, et marché, encore.

old_hotel_Burninghead

L'enseigne de l'hôtel était bleue.
Nous sommes entrés...





_Katrina_Sokolova2jpg

...Souvent tous les deux nous imaginions des histoires, et des jeux en miroirs. Leurs reflets se répondaient, et nous nous y perdions parfois.
J'ouvrais un tiroir, et lui, y découvrait une lettre, abandonnée depuis bien longtemps par un amoureux volage.
J'étais Héloïse et sans nouvelles de mon amant, c'est moi qui l'avais écrite, avec mes larmes. Il m'avait abandonnée! Ou bien l'aurait-on assassiné? Il suscitait tellement d'envie. Paris alors, n'était qu'un village... Le bruit s'était-il répandu de notre amour? Notre amour contre nature? Ou plutôt, contre la norme !
Un peu plus tard j'étais la fille d'un marchand, riche, et soucieux de l'être plus encore. Sa famille embarquée avec lui, il voguait vers un Nouveau Monde encore imaginaire, en compagnie de Lords, et puis de flibustiers. Et de prêtres évidemment, l'alibi nécessaire à toute conquête!
Et lui, pauvre matelot... Lui, qui  allait être le premier. Le premier à toucher le sol d'Amérique, et le premier dans mon coeur. Mais  une fois encore, notre histoire n'allait pas être simple!..
Parfois aussi des courants plus troubles nous faisaient dériver.
Dans ces occasions là j'attendais, soumise, et c'était lui seul qui dessinait l'histoire.
Avec excitation, avec délice, j'interprétais le rôle qu'il écrivait pour moi.
Ces jeux là, nous les aimions beaucoup, lorsque nous étions loin de chez nous - et cela arrivait souvent...

... Dans l'ascenseur j'ai regardé l'homme, j'ai eu envie soudain de lui parler, je voulais qu'il entende ma voix. Je voulais savoir. Mais aussitôt son index s'est pointé devant sa bouche, me faisant signe de me taire.
Le palier était vide, calme. Je ne savais même pas à quel étage nous étions.
Il a tourné la clé, et je suis entrée.
La chambre ressemblait à des millions d'autres. Il s'est approché de la fenêtre et il a tiré les rideaux, des rideaux épais, qui occultaient la lumière.
Dans le noir je me suis assise sur le lit.
Il a dit : "Attends là", et il est sorti. J'ai entendu la clé.
Il s'est passé un long moment, je m'habituais à l'obscurité. Puis j'ai entendu la serrure à nouveau.
Il était de l'autre côté du lit, je sentais sa présence dans mon dos. Il s'est déshabillé. J'entendais ses vêtements jetés sur la moquette.
Je n'avais toujours pas bougé. Il venait sur le lit, et je me suis raidie.
Ses mains effleuraient ma nuque, et mes épaules, une caresse légère à laquelle je ne m'étais pas attendue.
Puis ses doigts se sont faits plus fermes en venant emprisonner mes seins.
Les mains se sont immobilisées sur moi, de grandes mains, mais pas celles de l'homme. C'étaient celles de mon amour.
Nous sommes restés longtemps dans le noir, sans bouger, sans se parler.
Quand nous avons ouvert les rideaux, beaucoup plus tard, la nuit était bleue et les lumières de Paris scintillaient pour nous, seuls.

 

Paris_Nuit_Schlaegerjpg


photos: Dr Evil / Miguel Pereira / Burninghead / Katrina Sokolova / Schlaeger
texte: Belle

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11 décembre 2006

Attention à la Blonde !

Champagne_by_xXBeautifulDeathXx

Le premier jour de Décembre, j'ai eu trente quatre ans !
J'aime bien l'écrire en toutes lettres, ça me donne l'impression que je mastique les mots comme un chewing-gum: "Trente Quatre".
Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que trente quatre, c'est beaucoup plus agréable à chewinguer que trente trois. Affaire de goûts !
C'est à dire que le trente trois je le chewinguais depuis un bon petit moment déjà...
Alors en voilà un tout neuf !
Ce jour là j'étais en forme, et en déplacement, à Lyon.
La réunion, (J'ai horreur des raccourcis, "Tu peux la rappeler un peu plus tard ? Elle est en Ré-U!" Moi j'aime bien les mots entiers, c'est comme... enfin bref...), la réunion s'attardait, en langueurs monotones, en longues diversions. Je m'ennuyais mais personne ne s'en était aperçu, sauf la petite stagiaire je crois.
C'est mon estomac qui a donné le signal du holà.
Ca faisait au moins une heure qu'il parlait, il faudrait bien qu'il respire à un moment, ou à un autre.
Et c'est précisément ce moment-là qu'a choisi mon organe oublié depuis le matin, pour faire entendre son gargouillis sonore : il avait faim!
Un sourire discret sur les lèvres de l'intervenant Bruxellois. J'avais gagné. Déjà il rangeait ses dossiers ainsi que son portable computer.
Léa la petite stagiaire, Francis, le Belge (sic !), et moi, avons décidé de dîner ensemble. Léa connaissait Le restaurant ultra câblé plus plus, celui où tout le monde allait. Alors nous avons fait comme toulemonde.
J'avais peur du pire, mais finalement c'était un endroit agréable, pas guindé, ni trop branchouillardesque non plus, juste comme il faut !
Etant donné que c'était mon trente-quatrième, j'ai demandé du champagne, et on a trinqué.
On était bien, on discutait à bâtons rompus (Hmm! En voilà une bonne expression à chewing-gum !).
On parlait de Bruges et de ses canaux, et de plein d'autres trucs d'un peu tous les pays...
Le jeune homme qui s'était occupé de nous jusque là, m'avait paru plutôt aimable. Pour être franche, je ne lui avais pas trop prêté attention.  Et puis soudain j'entendis, sortant de sa jolie bouche et adressée à la jeune femme qui desservait la table d'à côté, une de ces plaisanteries qui traînent un peu partout au sujet des filles qui, ô infamie, ne sont pas nées brunes... Et j'en étais, bien sûr, l'unique échantillon tout à l'entour.
Mes deux amis, avec tact, firent semblant (c'est bon le passé simple non ?) de n'avoir rien entendu et tout aurait dû, naturellement, en rester là.
Mais le goujat, emporté par sa bêtise, en proféra une deuxième.
Bon c'est vrai, le champagne m'a un peu aidée...
Ca s'est fait dans un seul geste, comme dans les arts martiaux japonais, tu sais ? Le geste sans pensée.
Je suis debout - Ma tête se tourne vers le garçon - Ma main droite à toute volée sur sa joue de bébé - Avec la bague et le petit saphir bleu que j'aime tant - Et hop, je suis assise à nouveau.
En plus je me suis offert le luxe d'un proverbe en latin, à son intention :
VULNERANT OMNES, ULTIMA NECAT !**
Une mouche vole ? Même une toute petite mouche ? Chacun l'entend dans le grand restaurant ultra câblé, tant le silence est devenu opaque.
Le pauvre garçon est resté là, la bouche ouverte. J'ai honte de moi. Un peu. Pas trop.
Et petit à petit le brouhaha reprend son cours...

 

**Chacune blesse, mais la dernière tue.


Champagne_Tonka


photos: BeautifulDeath / Tonka
texte: Belle

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21 novembre 2006

comme dans un film

Be_Quiet_and_Drive_by_HorrorWh0re

Mardi 24 septembre 1996, cinq heures du matin. J'ai trouvé une chambre, un petit hôtel pas cher. Je suis en boule sous les draps, je ne dors pas. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi du tout. Tout à l'heure j'irai travailler. Premier boulot, période d'essai. On m'attend à neuf heures. J’y serai une demi-heure avant, à me ronger les ongles. Dehors, petite pluie fine probablement, comme hier soir. Et dedans, la grosse bouboule, au fond de la gorge, et dans le ventre aussi. J'aimerais bien entendre la voix de ma mère, lève toi, tu vas être en retard, mais non, juste le tic tac du petit réveil. Dans le noir, les yeux grand ouverts, mes pensées divaguent et les mille questions que je me pose se mélangent comme de la pâte à modeler dans mes mains, du bleu, du jaune...
Dans la salle de bains il y a une douche avec un rideau en plastique qui instantanément vient se coller sur ma peau. L'eau brûlante me fait du bien. Et depuis que j'ai les cheveux courts, je peux me mouiller la tête sans problème...
De retour dans la chambre, la grosse bouboule me guette encore et à cause d'elle j'accroche mon collant. J'en ai un de rechange évidemment, je n'ai plus le droit à l'erreur!
"C'est n'importe quoi tout ça"
Je me souviens, j'ai prononcé cette phrase à haute voix, et je me suis calmée.
Maintenant je suis dans la rue. Il n'y a personne. Plus de bruine, mais des trombes d'eau. Hier j'ai repéré le chemin, à pied, juste cinq minutes, mais sous ce déluge... A l'hôtel ils ont trouvé un ciré jaune à me prêter. Je cours, j'ai le ciré sur la tête, j'essaie de ne pas me tordre une cheville. Quelques voitures roulent au ralenti, les phares allumés.
Puis je vois deux petits feux rouges... un clignotant, une portière qui s'ouvre. Je m'engouffre dans l'auto, sans réfléchir, claque la portière.
Il fait chaud et il y a de la musique à l'intérieur, une de mes chansons préférées, de petite fille romantique.
Je retire le ciré jaune et je tourne la tête. Deux yeux noirs plongent dans mes yeux bleus.
Je crois que je meurs...


photo: HorrorWhore
musique: Pretenders
texte: Belle

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18 novembre 2006

des ronds dans l'eau

abstract_reflection_2_by_apppleblossom

Samedi 11 novembre 2006...

Pendant tout le trajet il n'avait pas desserré les dents. Moi, j'avais fini par m'habituer à ses humeurs, je savais qu'elles pouvaient changer très vite. Et puis on est arrivés au bord de ce petit lac.
Un paradis pour les amoureux, j'ai pensé.
J'ai baissé les vitres de la voiture mais je ne suis pas descendue tout de suite. Je voulais sentir l'air humide s'engouffrer dans l'auto, je voulais sentir la chair de poule sur mes bras, je voulais... Il ne disait toujours rien. Il est sorti et il a commencé à marcher vers la berge, le visage à moitié caché par l'écharpe en alpaga dont il est si fier et qu'il porte tout le temps. Il s'est baissé pour ramasser un caillou plat et l'a lancé sur l'eau, lui faisant faire des ricochets. Je l'observais. Et maintenant ces images me reviennent en boucle avec une incroyable netteté.
Je suis descendue à mon tour. Moi, je n'avais pas froid, mais j'avais bel et bien la chair de poule, et en m'approchant de lui je crois que j'ai senti mes seins se durcir un peu, dans leur écrin de dentelle bleue. Il y a toujours sur moi quelque chose de bleu.
Et sous la douche aussi, je garde ma bague sur laquelle est serti un petit saphir. J'aime le bleu, il me va, il m'apaise.
Il y avait un ponton, peut-être pour les barques des pêcheurs, je me suis assise là, avec les jambes qui se balançaient au dessus de l'eau.
Pendant un moment il a continué à lancer des cailloux et j'ai commencé à me sentir énervée.
Et puis, je n'entendais plus le bruit des cailloux dans l'eau, alors j'ai tourné la tête et il a plongé ses yeux noirs dans mes yeux bleus. Soudain, le paysage derrière lui est devenu complètement flou.
J'ai pensé que le lac aux eaux sombres allait m'engloutir.
Et la phrase qui montait à ses lèvres fracassait déjà mes rêves, lorsque l'air humide la  porta jusqu'à mes oreilles.
-Belle, je m'en vais.

Ponton_byTom077


photos: appleblossom / tom077

texte: belle

                                                                                                                                                                                     

Posté par BelleenBleu à 01:34 - Histoires avec du Bleu dedans... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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