Belle et les mots Bleus

Histoires de Belle, par petits bouts, des petites pièces dans un grand puzzle, des images assez nettes, parfois un peu floues, ou bien complètement confuses aussi, comme des bribes de rêves, oui, un joli puzzle...

05 mars 2007

Voyages immobiles...

Christian_Stocker_Oresund


Tant de sensations se mêlent, se choquent, se contrarient parfois, lorsque je pense à lui.
Dès que je pense à lui, la première image qui envahit mon écran, ce sont ses yeux.
Noirs.
Et mon coeur bat plus fort.
Pourtant du temps a passé déjà. C'est toujours là. Vivant.

...Nous sommes dans la rue. Nous sommes sur un quai de la gare de Lyon.
Et maintenant, sur une plage des Landes. A rire dans les rouleaux, et nus dans les dunes que des voyeurs arpentent comme des oiseaux tristes et si peu discrets, avec leurs lunettes noires.
A Paris au milieu de la nuit sur les boulevards, à la recherche d'un taxi, une pluie froide coule dans mon cou.
En émergeant, en sueur, d'un mauvais rêve.
En ouvrant les yeux le matin devant une fenêtre ouverte en grand sur un glacier scintillant, en lui souriant, en passant mes doigts dans ses cheveux.
Près d'une cheminée, le froid dehors, la lueur des flammes et sa main qui remonte, sur ma cuisse, la chaleur dans mon ventre, instantanée, et cette multitude de courants minuscules, qui parcourent mon corps entier de petits arcs d'étincelles, qui aiguisent mon attente de longs délices, à venir.
Dans cette église où tous les invités sont habillés de noir et où l'on chante des cantiques.
Et maintenant me voilà calée dans le confort du siège en cuir beige d'une auto qui traverse un grand pont vers la Suède, à Copenhague.
Et encore, un lac à mille lieues (au moins), des hommes et de leurs inutiles colères, un lac où des castors invisibles échafaudent des barricades sans jamais rider la surface de l'eau, je ne saurais plus y retourner sauf en rêve, je me souviens juste d'Ottawa, ville étrange, et puis d'une route interminable vers ce silence que seuls les loups déchiraient, la nuit.
Tant de lieux et tant d'instants. Tant de sensations, et toujours cette présence, l'image de ces yeux.   

De ses yeux.
Noirs.
Au fond des miens.



Photo: C.Stocker
Texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 02:09 - Lettres d'Absence - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


21 janvier 2007

Sweet Dream

...

Tu sais, je crois, je me suis endormie, un peu. J'ai rêvé, de toi. Oui je crois, c'était toi. Tu me tenais dans ta main...
Je devrais avoir peur, j'aurais des raisons d'avoir peur, et pourtant...
Allongée nue sur ta main de géant je lis en toi, dans tes yeux je lis ton coeur. Tu le sais.
Je suis là, au dessus du monde, si haut. Le monde entier. Il est à moi. Tu me l'as offert.
Pourtant c'est toi qui as peur.
Peur de moi, nue au creux de ta main. Un chant remplit le ciel, autour de nous, partout : Salve regina, mater misericordiae, Salut à toi, ma Reine de Miséricorde.
C'est toi qui chantes. Tu es un enfant maintenant et tu chantes avec une voix d'enfant, pure, alors j'ouvre les yeux...
Les vagues lèchent mes pieds, le sable est blanc et il coule sur ma peau comme de l'eau. Et c'est ta main encore, qui dessine sur mon corps avec ce sable que tu laisses filer, entre tes doigts, qui dessine les hiéroglyphes secrets dont je suis la gardienne. Voilà, mon corps, le temple.
Ta main reste posée sur mon ventre, et je sens la chaleur qui se diffuse en moi, tu sais, comme si tu avais collé ta bouche contre moi pour souffler à travers le pull, et l'air est chaud sur ma peau, sur mes seins maintenant, mais qui es-tu donc, que m'as-tu donc fait? Je tremble, et tes caresses sur moi. Tes mains partout. Tu as cent mille mains. Arrête...

Je me réveille, j'ai rêvé... de toi je crois.
Et les ondes du plaisir
continuent
et se propagent
encore
en moi.


Nu_Thomas_D_ring

Photo:
Nu Noir et Blanc (Thomas Döring) (http://www.td-fotodesign.de)

Texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 21:57 - Lettres d'Absence - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 décembre 2006

A tout de suite...

A tous ceux qui passent par ici je souhaite de très très bonnes fêtes,
et aussi tout particulièrement à celles et à ceux qui reviennent de temps en temps, même que ça me fait très plaisir!
Laissez moi un petit commentaire, je serai encore plus contente!
Je fais un tout petit net-break,
jusqu'en 2007.
A très bientôt alors.
Bises.

Belle

Posté par BelleenBleu à 18:55 - Lettres d'Absence - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 novembre 2006

drôle de rêve

temple_grec_Susanna

Les rêves sont toujours un peu drôles, non?
Je gravissais une montagne. Le sentier était étroit et montait très fort. Les cailloux blancs roulaient sous mes pieds, en soulevant une poussière fine. J'étais déjà bien loin du village, et chaque pas me rapprochait d'un espace qui n'était pas celui des hommes.
...Maintenant le chemin est raide et parfois je dois m'accrocher aux racines des pins, tout rabougris, qui le bordent.
Un homme me rattrape, il est très sportif, un coureur de fond en tenue de sport. Puis il me dépasse, et je comprends alors que c'était toi. Tu as déjà disparu. J'arrive au Temple. J'en suis la gardienne, et la grande prêtresse. Le sol est encombré de poteries très anciennes, entières, ou en morceaux...
Seule parmi ces débris, je lève les bras vers le ciel, et par ce geste je deviens à l'instant la maîtresse de ta destinée. Toi qui as voulu aller trop vite, trop haut. Toi mon ange aux ailes brûlées, je te tiens à mon tour dans le  creux de mes mains, moi, ta création.
Curieuse inversion!
C'est toi pourtant qui un jour as pris mon bras - j'avais vingt quatre ans, et j'étais encore toute accrochée à mes rêves d'adolescente- toi qui avec patience, avec amour, m'a modelée, m'a transformée, jour après jour pendant ces dix années, toi qui m'as montré les visages de ma peur, et aussi leurs grimaces, comme ce soir d'été, complètement nue, au fond d'une traboule du vieux Lyon, et lorsque des passants sont arrivés tu as si facilement su les détourner du recoin où je me cachais mais où ils m'auraient trouvée à coup sûr, morte de honte, et toutes ces fois, tous ces jeux que tu as inventés pour nous, (pour moi?), toutes ces peurs, tous ces délices, et ta main qui me guidait, qui m'apprenait, tous ces moments secrets je veux les dévoiler l'un après l'autre, pour continuer le jeu, seule, et sans visage, avec des inconnus, des inconnues, ils seront pour moi des amis, et leurs regards, des caresses...
Tu m'as enseigné la syntaxe et l'amour des mots, tu m'as préparée comme un bon jardinier prépare sa terre avant de l'ensemencer.
Voilà, je m'envole avec ce précieux trésor.
Un autre avion, un autre train, me dévoiler, me découvrir encore, pour d'autres, pour moi, toujours plus loin, toujours plus haut.

eyes_wide_shut

photo: Susanna / Stanley Kubrick
texte: Belle

Posté par BelleenBleu à 15:33 - Lettres d'Absence - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1