Belle et les mots Bleus

Histoires de Belle, par petits bouts, des petites pièces dans un grand puzzle, des images assez nettes, parfois un peu floues, ou bien complètement confuses aussi, comme des bribes de rêves, oui, un joli puzzle...

18 mars 2007

Carré Bleu!




Ruslan_lobanov



Mes doigts se promènent sur sa main. Sa main reste posée là, en haut de ma cuisse, et sur le pli de l'aine, sa main, confiante. Maintenant, nous sommes assises sur le lit, les oreillers calés contre le mur, sous nos reins.
Son autre main veut caresser la pointe d'un de mes seins, juste un instant, puis elle remonte, et son index tendu se pose sur mes lèvres. Chut! Voilà, il scelle notre secret...

Cela fait déjà longtemps! Jusqu'à ce jour il n'y avait eu qu'une seule personne, une seule à connaître tous ces petits recoins, cachés au fond de ma mémoire. Toute entière je m'étais racontée à lui, intégralement, patiemment. De lui pourtant je ne savais pas tout. Mais c'était comme ça. Je voulais lui offrir mes souvenirs, je voulais qu'ils se fondent dans les siens. Je voulais qu'ils lui appartiennent, ainsi que mon corps, ainsi que tous les instants de ma vie.
Maintenant il est parti, et je veux les poser un à un sur ma paume, et les souffler doucement vers d'autres, vers toi, vers elle, vers vous. Je voudrais qu'ils traversent votre ciel. Des flocons légers sur un ciel d'été. Bleu.
Une mélodie que le vent vous amènerait par bribes, et dont vous rempliriez les silences, avec vos propres notes...

...Il faisait chaud. La date de mon examen était toute proche, et il fallait vraiment que je révise. Mais mon esprit vagabondait. Fenêtre ouverte sur les toîts, rectangle bleu que déchire un instant le vol d'un pigeon. Et voilà qu'aussitôt j'écoute les roucoulades, échangées sur le zinc des gouttières, dans des séries interminables, toujours les mêmes. Identiques. Hypnotiques. Je rêve. J'ai un peu faim aussi. Un couscous avec Charlie sur le boulevard, en terrasse. La dernière fois il y avait un musicien de jazz à la table d'à côté. Il avait des cheveux longs, et grisonnants. Et de belles mains, lui aussi. Mais hélas, en face de lui, il y avait une fille, une fille qui aurait pu faire la couverture de Vogue juste en claquant des doigts, comme ça, par caprice! Pourtant, de temps en temps, il regardait dans notre direction, l'air de rien. Quand Charlie l'a remarqué, elle m'a pris la main, et s'est mise à sucer mes doigts pleins de sauce piquante, en le regardant bien droit dans les yeux. Tout de suite il a détourné le regard. Mais sa gêne était visible. Elle aimait bien mettre les gens mal à l'aise, et plus encore quand elle leur trouvait un air un peu faux-jeton. Et la fille piquait un fard. Et les Beatles chantaient... Non je plaisante.

Je rêvais d'un autre couscous et d'aventures quand j'ai entendu ses pas dans l'escalier. Ses talons claquaient sur les marches. Je l'entendais alors qu'elle n'était encore que deux ou trois étages plus bas. Elle adorait faire du bruit. C'était aussi sa manière de s'annoncer. Car elle entrait toujours chez moi sans frapper. Le son se rapprochait, et puis plus rien! Entre les deux derniers étages, sur le palier, parfois, on rencontrait Elvire. C'était une vieille dame, qui avait rencontré le roi et la reine de Belgique, et qui en savait long sur toutes les couronnes d'Europe, - je l'aimais bien, je l'appelais Doña Elvira, elle était contente, enfin c'est ce qu'il me semblait - mais ici, Elvire venait dormir, sur des cartons et des tissus variés, à côté de sa bouteille. Je crois, il y avait sûrement peu de cages d'escaliers dans lesquelles les résidents la laissaient dormir tranquille, alors elle venait là, de temps en temps. Et Charlie avait dû calmer son raffut, pour ne pas la déranger.
Surprise! La porte s'ouvre tout doucement. Et par l'entrebaillement, comme dans une publicité, je vois apparaître une bouteille de Champagne, puis la main qui la tient, et puis en bas de la porte une chaussure de chez Prada, et une jambe longue, gainée de noir.
Et un grand éclat de rire qui s'envole par la fenêtre, et résonne dans toute la cour.
-Tu ne peux pas savoir! J'en ai des trucs à te raconter!
Pendant qu'elle me raconte, je mets la bouteille dans mon grand saladier en pyrex, et ça me fait penser au commandant Charcot, au milieu de ses glaçons qui s'entrechoquent. Je n'écoute pas tout, mais sa voix me berce.
-Charlie, j'ai faim! Ca fait une heure que tu parles...
Elle a aussi apporté, de chez le traiteur des Antilles, du féroce, avec de l'avocat et de la morue, elle sait que j'adore ça. Et aussi du Matoutou au crabe, lui il dit "MatoutouCrab", en un seul mot. Un festin de reines! 
Le champagne est frais, la tête me tourne un peu, mais je me sens bien. Maintenant elle se roule une cigarette.
-Essaye, tu verras : talons aiguilles et collants, et clopes roulées! Effet garanti!
Je ne savais pas trop de quel effet elle voulait parler, ni sur qui il était censé agir. Avant que je ne lui pose la question, elle me tend sa cigarette.
-Il est parfumé ton tabac!
-Ah oui, et en plus il donne le fou rire!

... Les roucoulades des pigeons font une drôle de musique maintenant. On les écoute, et on se regarde, on se regarde et on pouffe de rire, on les écoute encore, etc... Je ferme les yeux, et le rire de Charlie vient se superposer à leur chant, le commandant Charcot lui, ne s'amuse pas trop, il veut attraper des crabes, mais il n'y arrive pas, il est beaucoup trop lent... On doit nous entendre rire jusqu'au Père Lachaise. Alors je pense à Jim Morrison et à ses fans, ceux qui viennent toujours poser une rose en plastique sur sa pierre bizarre, ou bien une canette de bière. Non je ne pense pas. Plutôt des images qui filent toutes seules, sous mon crâne, comme des nuages que le vent pousse sur l'horizon. Le cri des goélands. Les vagues se fracassent sur les rochers. Les embruns sur le visage. Je n'entends plus le rire de Charlie, alors j'ouvre les yeux, et son visage est au dessus du mien, tout près, mais son regard est grave maintenant, longtemps je crois, je ne sais pas, nous nous regardons, si près, son image est un peu floue, je ferme les yeux, juste un instant, et pendant cet instant, un papillon léger vient effleurer mes lèvres, très doucement, et je veux encore garder mes yeux fermés, encore, mais je crois qu'alors c'est mon corps tout entier qui se tend à la rencontre du sien,  et enfin c'est son âme, et la mienne, qui se trouvent, qui se touchent, qui se fondent, dans un très long baiser...

La fenêtre découpe toujours un grand espace tout bleu,
mais maintenant,
le silence est revenu.

 

bartabak_espace_bleu


photos: Ruslan Lobanov / Bartabak
texte: Belle

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05 mars 2007

Voyages immobiles...

Christian_Stocker_Oresund


Tant de sensations se mêlent, se choquent, se contrarient parfois, lorsque je pense à lui.
Dès que je pense à lui, la première image qui envahit mon écran, ce sont ses yeux.
Noirs.
Et mon coeur bat plus fort.
Pourtant du temps a passé déjà. C'est toujours là. Vivant.

...Nous sommes dans la rue. Nous sommes sur un quai de la gare de Lyon.
Et maintenant, sur une plage des Landes. A rire dans les rouleaux, et nus dans les dunes que des voyeurs arpentent comme des oiseaux tristes et si peu discrets, avec leurs lunettes noires.
A Paris au milieu de la nuit sur les boulevards, à la recherche d'un taxi, une pluie froide coule dans mon cou.
En émergeant, en sueur, d'un mauvais rêve.
En ouvrant les yeux le matin devant une fenêtre ouverte en grand sur un glacier scintillant, en lui souriant, en passant mes doigts dans ses cheveux.
Près d'une cheminée, le froid dehors, la lueur des flammes et sa main qui remonte, sur ma cuisse, la chaleur dans mon ventre, instantanée, et cette multitude de courants minuscules, qui parcourent mon corps entier de petits arcs d'étincelles, qui aiguisent mon attente de longs délices, à venir.
Dans cette église où tous les invités sont habillés de noir et où l'on chante des cantiques.
Et maintenant me voilà calée dans le confort du siège en cuir beige d'une auto qui traverse un grand pont vers la Suède, à Copenhague.
Et encore, un lac à mille lieues (au moins), des hommes et de leurs inutiles colères, un lac où des castors invisibles échafaudent des barricades sans jamais rider la surface de l'eau, je ne saurais plus y retourner sauf en rêve, je me souviens juste d'Ottawa, ville étrange, et puis d'une route interminable vers ce silence que seuls les loups déchiraient, la nuit.
Tant de lieux et tant d'instants. Tant de sensations, et toujours cette présence, l'image de ces yeux.   

De ses yeux.
Noirs.
Au fond des miens.



Photo: C.Stocker
Texte: Belle

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28 février 2007

Un amour d'enfance (part5)

Brejjtbarg_amoureux_dans_la_pierre

Les Amoureux


-Niña, ça fait longtemps!
-Oui.
Dans les rues de Paris, nous marchons, nous n'avons pas de quête, pas d'urgence, nous marchons. Au premier carrefour, en attendant le feu, nos mains se sont trouvées, elles ne se lâchent plus, et parfois nous devons lever les bras, comme une arche, pour les passants pressés que nous croisons. Tous nos souvenirs d'enfants sont stockés là, dans cet espace, dans le contact de nos mains.
-¿Tienes alguien, una amiga? (*Tu as quelqu'un, tu as une copine?)
-Pues no, soy soltero (*Ben non, je suis célibataire.)
-Yo también (*Moi aussi.)
Alors l'étreinte de nos mains se resserre un peu plus.
Dans le métro, le portillon, je ne veux pas que nos mains se séparent. Je le tiens ferme, il rit, il se laisse guider. Dans l'autre main, le ticket de ma carte orange.
-Pasemos juntos! (*Viens, on passe ensemble!)
Nous sommes obligés de nous coller l'un à l'autre pour passer le tourniquet.
-Espera. (*Attends.)
Mais le tourniquet ne termine pas son mouvement. Un grain de sable dans la machine de la RATP ? Non, ce sont deux amoureux. Juste deux amoureux qui se trouvent. Qui se retrouvent.
Et voilà, c'est à cet instant là. Précisément. Cet instant immobile et suspendu comme la porte de l'éternité, ouverte en grand pour eux tous seuls, soudés, l'un à l'autre, collés pour un baiser, une femme contre un homme, un long baiser aux yeux fermés, dans le brouhaha, et le flot des voyageurs qui passe à côté comme une colonne de fourmis, mais ce n'est pas grave, et s'il n'y avait pas d'autre tourniquet le flot passerait encore par dessus leur têtes, pas grave du tout, ce sont des amoureux, et ils s'embrassent, dans l'éternité...
Après, je ne sais plus. Des quais, des rues à nouveau, et enfin une porte cochère, puis une autre porte encore, vitrée cette fois, quatrième cour, escalier gauche, et au bout des étages, ma porte, celle de ma solitude.
Derrière nous j'ai refermé le verrou en regardant au fond de ses yeux noirs.
Le silence d'ici s'est emparé de nous. 
Et là, dans notre bulle à tous les deux, il y eut : son rire, une larme à moi, un paquet de chewing-gum espagnols, mes doigts dans ses cheveux, tout noirs également,  son rire, son sexe, ses caresses, et mes seins dans ses mains, durs, petits - il a dit qu'il les aimait- et il y a aussi un grand ciel bleu sur les cheminées des toîts, et une odeur de café, arrivée je ne sais d'où, apportant avec elle les rêves de mille et une nuits étoilées, les histoires de Schéhérazade, avec des lampes merveilleuses, et des génies, et les voilà  soudain, qui exaucent mes souhaits, mes désirs, sa peau contre la mienne, partout, et puis un cheval blanc, bien sûr, blanc, et qui nous emmènera, plus tard, partout où l'on voudra aller, mon trésor que tu découvres, mon secret et le tien, ma langue qui suce le sel sur ta peau, et qui te goûte, et tu ris encore parce que tu te rappelles, je l'avais fait déjà, il y a longtemps, quand nous étions des enfants...
Tout de même il y avait du monde, dans cette bulle!




specia777_baiser_sein


Photos: Brejjtbarg / Specia (777)
Texte: Belle

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13 février 2007

Charlie!

laura_Ingalls ...

J'ai compris ça plus tard. Charlie vivait dans un film, tout le temps. Bon, c'est vrai qu'elle n'était pas la seule, mais elle , elle y allait à fond. Des dizaines de fois je l'ai vue se transformer, tantôt Jekyll, et tantôt Hyde.
Elle arrivait chez moi à l'improviste et, si j'en avais, elle fichait la trouille à mes amoureux, elle les faisait fuir. Pourtant Charlie, c'était vraiment une super nana, le genre de fille dont la plupart des garçons osent à peine rêver, parce qu'ils les croient inaccessibles, parce qu'ils pensent qu'elles vivent sur une autre planète, remplie de princes et de VIP, ou je ne sais quoi.
Quand quelque chose lui arrivait, elle ne pouvait pas s'empêcher de venir me voir. Il fallait qu'elle me raconte. Tout de suite.
J'étais sa meilleure spectatrice. Sa seule confidente.
Je me souviens d'un soir où elle est entrée comme une furie, sans frapper bien sûr. Elle avait un double de mes clés.
Dans la cuisine, les souris jouaient à cache-cache dans les boîtes de Corn Flakes, et moi je jouais avec mon  étudiant gentil, sous ma couette gris-clair-à-petites-fleurs-rouges.
-Elle vient d'où ta housse, Jude?  (Elle n'a jamais voulu me dire pourquoi elle m'appelait comme ça. Autant que je le sache, elle n'était pourtant pas fan des Beatles.)
- !
-Et tu fais pas des cauchemars là dedans?
-!
Romain cherche ses lunettes, il remonte la couette.
Il ne peut plus parler. Evidemment! Il vient de voir se matérialiser devant lui l'un de ses fantasmes les plus secrets, tellement secrets qu'il devient tout rouge dès qu'il y pense, et si c'était maintenant, probablement il penserait à quelqu'un comme Monica Bellucci, moi je dirais plutôt Demi Moore, à cause de la cinglerie...
Et en plus elle s'assoit au bord du lit, et en plus elle lui fait un grand sourire.
Moi je lui fais une jolie grimace, à elle. Parce que moi, je suis très forte en grimaces!
Charlie ce soir là, c'était plutôt Anne Parillaud, dans Nikita. Je ne sais plus ce qui s'était passé cette fois - il lui arrivait tout le temps quelque chose.
Si c'était une chose agréable, c'était "La petite maison dans la prairie", sinon...
Elle était capable de tout.
Je l'emmène à la cuisine, on se fait un thé. Romain s'habille en vitesse.
Quand il est parti elle éclate de rire: "Tu vois, je leur fais peur!"
Moi, je boude. Mais je l'aime. Elle est complètement folle et avec elle j'ai toujours l'impression que tout peut arriver, sauf bien sûr ce qu'on avait imaginé...

... nikita_l


Photos: Melissa Gilbert / Anne Parillaud
Texte: Belle

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10 février 2007

Blues

uguomka

 

...Et nos vies nous dépassent
comme un flot léger que des pensées amères,
parfois, dérangent.
Rien, quelques mots que l'on dit,
quelques chansons et nos souvenirs déjà
se dessinent
sur la toile immense
de l'espace et du temps.
Un fil de chaîne
un fil de trame
ils nouent leurs mailles
sur l'infini.

...J'aime tellement la pluie.

 

Photos: Uguomka
Texte: Belle

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09 février 2007

Juste un Instantané.

...

Dans cette ville les gens sont pressés. Tout le temps. Flâner est une attitude incongrue, et les flâneurs dérangent le flot, celui qui s'écoule sur les trottoirs. Ils sont mal vus,  ils contrarient l'allure des piétons.
Sauf sur l'esplanade du Louvre, appareil photo obligatoire, en bandoulière, le jet d'eau devant la Pyramide, qui envoie parfois de fines gouttelettes sur l'objectif (on les verra plus tard, en tirant les images, avec un petit bout de la bandoulière).
C'est souvent comme ça pour moi, quand je prends des photos, mais ça m'est égal. D'ailleurs je n'en prends pas souvent, d'autres le font, tellement mieux!
Je préfère laisser les images entrer en moi et se faire leur chemin, se trouver un petit coin libre dans ma grande bibliothèque des synapses, et réapparaître un jour, longtemps après.
Ainsi la vitrine du magasin d'articles de danse devant lequel je m'étais arrêtée cet après-midi là, prenant le risque de perturber le flot incessant des marcheurs énervés. Quelle impertinente!
Mais j'avais une bonne raison.
Je voulais voir la tête de l'homme qui me suivait depuis un moment.
Je savais que quelqu'un me suivait, qui faisait certainement très attention à ce que je ne m'en aperçoive pas. Mais les filles ont des antennes particulières, invisibles, qu'elles ont développées toutes petites déjà. Je les mettais en pause la plupart du temps, mais cette fois elles vibraient très fort et je les avais entendues.
Des chaussons de danse, il y en avait des roses, des blancs, dans la vitrine. Un mannequin sur des pointes, avec un tutu de tulle - ça sonne bien, un tutu de tulle, non? - comme sur les toiles d'Edgar Degas, qui montrent des petits rats, à la répétition.
Encore cette sensation bizarre en moi. Encore ce mélange d'inquiétude, et d'excitation.
L'homme m'a frôlé, et puis il s'est arrêté juste après, dans l'embrasure d'une porte cochère, pour allumer une cigarette, en protégeant la flamme de son briquet avec ses mains en forme de conque.
Parmi les reflets et les chaussons de danse, son visage m'est apparu un instant.
C'était le visage d'un enfant.
Lorsqu'il m'a regardée dans ce miroir improvisé, j'ai reconnu le garçon, celui qui désespérément, essayait de se faire remarquer d'une riche veuve, dans le livre que j'étais en train de lire: "Le Printemps Romain de Mrs Stone". Il avait le même air misérable, et hautain à la fois.
Je lui ai souri et il a eu l'air surpris. Gêné. Puis il s'est détourné et il a disparu dans le flot.
Et voilà cette image, qui m'apparaît ce soir, quinze ans plus tard, au hasard sortie de l'album de photos de ma mémoire.

1°- Je me demande pourquoi il n'a pas répondu à mon sourire.
2°- Je me demande s'il le regrette (mais je pense que oui).
3°- J'ai très envie de relire le livre de Tennessee Williams.



degas_ecole_de_danse_1873__huile_sur_toile_



Degas: école de Danse (huile sur toile - 1873)
Texte: Belle

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02 février 2007

Tout petit Break...

Untitled_1969_Rothko

Quelques jours, une petite semaine,
loin de mon clavier préféré...
A tout de suite...



Marc Rothko - Sans Titre - 1969 (Source: National Gallery of Art)

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01 février 2007

Sous les Toîts (#2)

pour Rosalie, et Aslé...

Fen_trede_To_t

De longues heures aussi, j'étais seule. Je me souviens des soirs de début d'été. Fenêtre ouverte, et les pigeons sur les gouttières.
Quatrième cour, les bruits de la ville me parvenaient comme étouffés, et lointains.
En face, les toîts de zinc.
Ciel bleu. Ciel blanc.
Ciel noir, et le dôme du Sacré Coeur, quand je me penche un petit peu.
Certaines personnes avaient complètement disparu de ma mémoire. Mais en vrai on n'oublie rien...
Derrière la porte du fond, sur le même palier que moi, vivait une très vieille dame, et son chat gris. Il la protégeait des esprits méchants et puis de ses angoisses, la nuit. Et aussi, bien entendu, des souris. Elle voulait toujours que je vienne boire le thé dans son capharnaüm. Elle disait qu'elle habitait là depuis plus de cinquante ans. Elle en rajoutait sûrement un peu, mais quand même, on sentait bien tous ses souvenirs, empilés, les uns sur les autres, et qui n'attendaient que ses mots pour se remettre à vivre.
J'avais pris l'habitude de fermer ma porte doucement, sans bruit, quand je sortais. Elle avait l'ouïe fine, et sa porte s'ouvrait parfois :
-Jeune fille, tu vas en ville? (On était en plein Paris, pas loin du Père Lachaise).
-Oui Nini mais je suis un peu pressée.
- Tu me prends le journal? Tu veux bien?
Je savais que les vieilles marches en bois étaient terribles pour ses jambes fatiguées. Je suis sûre qu'elle les comptait. Je lui faisais souvent quelques courses. En matière d'information, ses goûts étaient plutôt éclectiques, ça allait de Match, au Canard enchaîné, en passant par France Soir. Chez elle il y en avait des piles...
Elle me donnait la mesure de mon âge, de ma jeunesse.
Pourtant, près d'elle, jamais je n'en éprouvais de culpabilité. Elle m'encourageait au contraire, avec ses "Profite ma belle".
Elle était curieuse aussi, "Il a l'air gentil ton étudiant..."
Mais je ne lui disais pas tout...

Texte: Belle

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27 janvier 2007

Sous les Toits (#1)

devant_la_fen_tre_Naccarato

Je vivais là avec mes amies, les souris. Des petites âmes grises et facétieuses.
Nombreuses aussi!
Elles aimaient bien grignoter mes livres d'étudiante. Je devais les ranger dans une grande cantine en fer. Elles auraient pu tout aussi bien les y trouver, mais elles préféraient la facilité du placard de la cuisine. Alors je leur laissais quelques offrandes, et nous vivions comme ça, en bonne intelligence, elles et moi.
Romain, c'était mon amoureux. Lui il ne les aimait pas du tout. Il faisait semblant, parce qu'il avait peur de me déplaire. Il était mignon. Je crois. C'est drôle, j'ai presque tout oublié de lui. Son odeur? Le goût de sa peau? Toutes ces petites choses importantes. Je me souviens surtout qu'on riait. Quand on était ensemble on passait des heures à rire de tout. Lui aussi, il a du m'oublier. Je ne sais pas. Yo no sé.
Avant d'arriver chez moi, il avait traversé une bonne partie de Paris. Il apportait toujours quelque chose. Des pistaches, des fleurs, des accras, un livre qu'il avait acheté chez un bouquiniste sur les quais, un ananas qu'il avait acheté à la sortie du métro, de vieilles cartes postales, un calendrier tout écrit en chinois qu'on lui avait donné dans un restaurant de Belleville, et toutes sortes de choses qui nous faisaient rire.
Je le laissais gratouiller à la porte un petit moment, comme si je n'étais pas là, et j'imaginais sa tête sur le palier. Ou bien je faisais semblant de parler à quelqu'un pour lui faire croire que je n'étais pas seule. Il était jaloux, mais il n'osait pas me le dire. J'en profitais...
Pendant qu'il hésitait, je me déshabillais très vite et juste avant qu'il ne se décide à redescendre les cinq étages, je lui criais d'entrer, que c'était ouvert, alors il poussait la porte timidement, et j'étais toute nue devant lui.
Il ne m'en voulait pas de jouer avec lui. Il ne s'y connaissait pas trop, en filles, et je lui apprenais.
J'étais un peu comme une grande soeur, j'avais beaucoup de plaisir à lui montrer.
Quand on n'avait pas envie de jouer à ça, on se racontait des histoires qui nous faisaient rire, et ça durait des heures...


Photo: Naccarato
Texte: Belle

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21 janvier 2007

Sweet Dream

...

Tu sais, je crois, je me suis endormie, un peu. J'ai rêvé, de toi. Oui je crois, c'était toi. Tu me tenais dans ta main...
Je devrais avoir peur, j'aurais des raisons d'avoir peur, et pourtant...
Allongée nue sur ta main de géant je lis en toi, dans tes yeux je lis ton coeur. Tu le sais.
Je suis là, au dessus du monde, si haut. Le monde entier. Il est à moi. Tu me l'as offert.
Pourtant c'est toi qui as peur.
Peur de moi, nue au creux de ta main. Un chant remplit le ciel, autour de nous, partout : Salve regina, mater misericordiae, Salut à toi, ma Reine de Miséricorde.
C'est toi qui chantes. Tu es un enfant maintenant et tu chantes avec une voix d'enfant, pure, alors j'ouvre les yeux...
Les vagues lèchent mes pieds, le sable est blanc et il coule sur ma peau comme de l'eau. Et c'est ta main encore, qui dessine sur mon corps avec ce sable que tu laisses filer, entre tes doigts, qui dessine les hiéroglyphes secrets dont je suis la gardienne. Voilà, mon corps, le temple.
Ta main reste posée sur mon ventre, et je sens la chaleur qui se diffuse en moi, tu sais, comme si tu avais collé ta bouche contre moi pour souffler à travers le pull, et l'air est chaud sur ma peau, sur mes seins maintenant, mais qui es-tu donc, que m'as-tu donc fait? Je tremble, et tes caresses sur moi. Tes mains partout. Tu as cent mille mains. Arrête...

Je me réveille, j'ai rêvé... de toi je crois.
Et les ondes du plaisir
continuent
et se propagent
encore
en moi.


Nu_Thomas_D_ring

Photo:
Nu Noir et Blanc (Thomas Döring) (http://www.td-fotodesign.de)

Texte: Belle

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